Les femmes et les migrants d’abord !

Malgré une situation économique exceptionnelle, l’Allemagne se trouve face au défi majeur du vieillissement de sa population et la pénurie de main d’oeuvre. Pour le relever, les pouvoirs publics mettent en oeuvre une modernisation accélérée de la société. Les femmes et les migrants se retrouvent en première ligne.

Taux de chômage au plus bas depuis la réunification, excédent commercial record, déficit zéro, comptes de la sécurité sociale largement excédentaires : avec tous ces indicateurs au vert, l’Allemagne a de quoi se sentir sur un petit nuage. En position de force en Europe, elle parvient à s’imposer habilement dans les négociations. Redevenue attirante pour les migrants, elle était l’année dernière le deuxième pays d’immigration derrière les États-Unis. Bref, tout semble sourire aux Allemands.

Pourtant, et ce n’est pas nouveau, une épée de Damoclès plane sur la première puissance économique européenne : sa situation démographique. Le taux de fertilité des Allemandes était de 1,38 enfants par femme en 2012, bien en dessous du seuil nécessaire au renouvellement des générations, et nettement en dessous de la moyenne de l’Union Européenne (1,58). Sans l’immigration massive qui maintient sa croissance démographique à flots, la population allemande décroîtrait. Cette situation démographique a, bien entendu, des avantages à court terme. Alors que, des deux côtés du Rhin,        800 000 jeunes arrivent chaque année sur le marché du travail, ce sont 650 000 travailleurs qui partent à la retraite en France pour 850 000 en Allemagne. Le taux de chômage historiquement bas des jeunes en Allemagne s’expliquerait donc également par ce différentiel de situation démographique.

Mais, à moyen et à long terme, cette situation démographique est surtout un danger pour l’économie allemande. Aujourd’hui déjà, plusieurs branches de métiers recensées par la Bundesagentur für Arbeit (l’Agence fédérale pour l’Emploi) sont en pénurie de main d’oeuvre: l’Allemagne manque déjà d’ingénieurs, et de personnel de soin. Le Fachkräftemangel (manque de personnel qualifié) est un fléau qui ne fait que grandir.

Les retombées politiques de cette situation sont particulièrement intéressantes. En effet, pour faire face à cette double menace de déclin démographique et de pénurie de main d’oeuvre, les pouvoirs publics mettent en oeuvre un ensemble de mesures conduisant à une modernisation accélérée de la société. La stratégie du gouvernement fédéral se déploie en direction de deux publics cible : les migrants et les femmes.

Une nouvelle culture d’accueil

Aujourd’hui, l’Allemagne est le deuxième pays le plus attirant pour les émigrés, derrière les États-Unis, avec 465 000 migrants l’année dernière. En choeur, la classe politique allemande a salué ces chiffres comme un signe positif. Tous les partis hormis bien sûr l’AfD, le nouveau parti de droite populiste eurosceptique et (soyons soft) très critique sur les questions d’immigration. Cette unité des partis politiques, qui se félicitent tous que l’Allemagne soit une « terre d’immigration » (Einwanderungsland) et mettent en avant la « culture d’accueil » (Willkommenskultur) du pays, relève d’une transformation radicale du discours.

Un drapeau germano-turc à Neukölln

Un drapeau germano-turc à Neukölln

En effet, jusque récemment, l’Allemagne ne se considérait pas comme une terre d’immigration, mais plutôt comme une terre d’accueil temporaire. Les immigrés venus massivement d’Espagne, de Grèce et de Turquie pour travailler en Allemagne de l’Ouest dans les années 1960 portaient ainsi le nom de Gastarbeiter, les travailleurs invités. À aucun moment, l’idée que ces travailleurs se transforment en une immigration durable et installée n’avait été envisagée. Ce fut pourtant le cas, et les Turcs forment aujourd’hui la plus grande communauté d’immigrés en Allemagne, même si la Pologne a depuis plusieurs années pris la place de premier pays d’origine des nouveaux migrants.

Face à cette situation et au déclin démographique menaçant, la politique allemande a effectué un virage à 180 degrés depuis quinze ans. En 2000, le Chancelier social-démocrate Gerhard Schröder a mis en place le « modèle optionnel », qui permet aux enfants nés en Allemagne de parents étrangers de choisir entre leur nationalité d’origine et la nationalité allemande à leurs 18 ans, introduisant un élément de droit du sol dans un droit de la nationalité jusque là régi par le droit du sang. Une réforme qui paraîtrait aberrante en France où la double nationalité est acceptée depuis bien plus longtemps, mais une mesure révolutionnaire pour l’Allemagne. En 2005, une nouvelle loi d’immigration est entrée en vigueur, facilitant le droit de séjour et mettant en place des « cours d’intégration » pour les immigrés.

Sous l’égide de la nouvelle Secrétaire d’État sociale-démocrate à l’Immigration, aux Réfugiés et à l’Intégration Aydan Özoğuz, le droit de la nationalité a encore été modifié fin décembre 2014. Suivant une revendication du SPD depuis plusieurs années, le « modèle optionnel » a été assoupli. Désormais, s’ils ont résidé en Allemagne pendant au moins huit ans ou fréquenté l’école pendant au moins six ans, les enfants nés en Allemagne de parents étrangers ne doivent plus choisir entre leurs deux nationalités. Et, depuis début février, le SPD multiplie les sorties dans la presse pour une nouvelle loi sur l’immigration permettant de simplifier le droit de séjour avec un système à points.

Ainsi en l’espace de quinze années l’Allemagne, le pays de l’identité nationale « culturelle », a ouvert ses portes et facilité l’intégration de ses immigrés.

Travailleuses, travailleuses !

Deuxième public cible : les femmes. Ici, le but est double: à la fois attirer les femmes sur le marché du travail et les inciter à faire plus d’enfants. Horizon ô combien difficile à atteindre, dans un pays où le rôle des femmes a longtemps été défini par les « trois K »: Kinder, Küche, Kinder (les enfants, la cuisine et l’église). Loin de relever de l’histoire ancienne, cette doctrine conservatrice a la vie dure, notamment en ex-RFA. En 2006, un sondage eurobaromètre montrait que 27% des Allemands de l’Ouest considéraient que la vie familiale pâtissait forcément de l’activité professionnelle de la femme (contre 9% des Allemands de l’Est et 13% des Français). Ils étaient également 17% à affirmer que, dans l’idéal, les mères devraient rester au foyer pour élever leurs enfants (contre 7% des Allemands de l’Est et 8% des Français). Il faut aussi dire que le système d’accueil de la petite enfance en Allemagne est bien différent du français : si la période d’instruction obligatoire est la même (entre 6 et 16 ans), le Kindergarten allemand est payant, contrairement à l’école maternelle française. Et, tout au long de la scolarité, les enfants allemands n’ont cours que le matin, créant des besoins de garde l’après-midi.

Enfants - Travail "Et c'est par où tout droit ?"

Enfants – Travail
« Et c’est par où tout droit ? »

Impossible, me direz-vous ? Comme pour ses migrants, le gouvernement fédéral se retrousse les manches pour faire face au défi et met en place des mesures modernisant radicalement la conception de la place des femmes dans la société. Premier chantier : la politique familiale. Pour permettre aux mères de concilier vie professionnelle et vie de famille, le Parlement a adopté une loi améliorant le système de congé parental. Ainsi, l’allongement du congé parental est devenu possible si le deuxième parent (donc le père, soyons réalistes), décide de prendre également un congé. Cet allongement du congé est par ailleurs devenu possible pour les parents décidant de travailler en temps partiel, avec pour objectif à la fois une augmentation de l’indice de fécondité et et un renforcement de l’activité professionnelle des femmes.

Pour lutter contre les inégalités dans le monde du travail, le Parlement a également adopté, après de longs mois de débats entre sociaux-démocrates et conservateurs, une loi introduisant un quota de femmes dans les instances dirigeantes des grandes entreprises, afin de faire exploser le plafond de verre auquel se heurtent de nombreuses femmes. Et la prochaine réforme est déjà sur les rails : la Ministre fédérale de la Famille, des Personnes Âgées, des Femmes et de la Jeunesse, Manuela Schwesig, ferraille actuellement pour une loi permettant une plus grande égalité salariale entre hommes et femmes.

Enfin, et même si les objectifs et impacts de la loi dépassent largement cette simple question, l’introduction d’un salaire minimum légal en Allemagne est également une excellente nouvelle pour les femmes, qui sont à 70% employées dans des secteurs à bas salaires. Ainsi, en 2012, un quart des femmes ayant un emploi étaient payées en-dessous de 8,50€ de l’heure, le seuil retenu pour le salaire minimum. Celui-ci s’appliquant également aux minijobs, il profitera donc largement aux femmes qui représentent 3,2 millions des 4,8 millions de minijobbers.

Ainsi, sous la menace du déclin démographique et de la pénurie de main d’oeuvre, les gouvernements fédéraux successifs explorent, tâtonnent, cherchent des solutions et les appliquent le plus rapidement possible. Cette innovation politique, permise par une situation économique favorable, produit une modernisation accélérée de la société allemande en termes de droits des femmes et d’intégration des migrants. Des recettes qui ont tout intérêt à être efficaces, sous peine que les Allemands ne tombent rapidement et douloureusement de leur petit nuage.

Ces exports dont la France se passerait bien

L’Allemagne est championne européenne d’exportation, c’est bien connu. Mais en dehors des biens de consommation, c’est l’importation du « modèle allemand » qui fait couler des litres et des litres d’encre dans les rédactions et dans les partis politiques. Ce fameux modèle ne recouvre pourtant qu’une réalité vague et aux facettes multiples. Comme dans chaque pays, les « produits d’exportation » potentiels, qu’ils fassent ou non partie d’un modèle politique, économique, social ou culturel, sont très variés. Petite revue diverse et personnelle de ceux dont la France se passerait bien.


Note : ceci n’est pas du « modèle allemand bashing ». Encore une fois, ce terme ne recouvre pas grand chose, et il y a d’autres produits d’exportation que je verrais très bien traverser le Rhin, le plus vite possible même.


Hartz IV

« Bon, si tu ne trouves pas de job, tu vivras de Hartz IV, comme une vraie Berlinoise ». Ces mots d’un ami, dont je tairai le nom, n’ont malheureusement que très peu à voir avec de l’exagération. À Berlin, vivre de Hartz IV, ce RMI au rabais, est devenu le lot commun de nombreux Berlinois – presque 17% -, et surtout des jeunes – près d’un cinquième chez les 15-24 ans. Les chiffes varient énormément selon les Länder et atteignent leur plus haut sommet dans la capitale.

Minijobers : un droit du travail en miniature. Image : dpa/alliance

Hartz IV, minijobs : un droit du travail en miniature. Image : dpa/alliance

À quoi correspond le régime Hartz IV ? Je parle délibérément de régime, et vous allez comprendre pourquoi. Il s’agit d’un système d’aides sociales adopté par les Verts et les sociaux-démocrates du SPD sous le règne de Gerard Schröder en 2004. Il fête donc ses dix ans cette année : youpi ! La mesure principale de ce système est la réduction de la durée des indemnités chômage à douze mois, après quoi l’aide octroyée tombe en-dessous des 400€ (exactement de 296€ à 391€). Des allocations logement et chauffage peuvent également être attribuées en sus, avec un plafond strict. Et en contrepartie de ce traitement royal, les Hartz IV Leute ont bien entendu quelques obligations : accepter (quasiment) n’importe quel boulot (y compris les Minijob à 450€ ou les travaux d’utilité publique payés 1€ de l’heure) sous peine de sanctions, et leurs comptes en banque sont épluchés scrupuleusement (deux heures de baby-sitting pouvant entraîner une réduction des indemnités). La panacée, n’est-ce pas ? La cour constitutionnelle de Karlsruhe avait déclaré en 2010 la loi Hartz IV comme incompatible avec l’article 1 de la Loi fondamentale allemande qui garantit la dignité humaine. Depuis, bien que le montant des aides augmente chaque année, ce nom est toujours synonyme de précarité et de pauvreté.

Alors pourquoi ne pas importer ce système d’aides sociales en France, comme certains le proposent ? Pas besoin de faire un dessin, il me semble : ce système d’aides ne devrait être exporté nulle part, malgré ceux qui, sur la rive occidentale du Rhin (bah, oui, je peux pas dire de notre côté du Rhin, ce serait géographiquement faux pour moi), réclament une réforme du marché du travail « à l’allemande » – c’est-à-dire à la Hartz, pour diminuer le chômage. Si certaines mesures comme le Kurzarbeit, ce chômage partiel indemnisé et plutôt efficace, pourraient trouver une application intéressante en France, l’allocation chômage au rabais, c’est non.

La Shariah Police

Ils ont des blousons oranges et se promènent les soirées de week-end dans les rues de Wuppertal, ville industrielle de la région Rhin-Ruhr et lieu de naissance de Friedrich Engels et de Pina Bausch (rien que ça). Aux hommes, ils expliquent qu’ils ne doivent pas boire d’alcool. Aux femmes, ils expliquent qu’elles feraient mieux de se couvrir les cheveux avec un voile. Qui ? Les joyeux gardons de la Shariah Police. Ce groupe de salafistes a commencé à faire la Une des quotidiens outre-Rhin depuis le début du mois.

Au programme du Shariah Police Festival

Au programme du Shariah Police Festival

Autant dire qu’en pleine période de décapitations par l’État Islamique, le sujet fait polémique. Les réactions politiques n’ont pas tardé, jusqu’au sein du gouvernement. Thomas de Maizière, ministre de l’Intérieur (CDU) a ainsi déclaré au Bild, célèbre tabloïd, que « personne ne peut s’octroyer le droit d’abuser du nom de la police allemande », et son collègue à la justice Heiko Maas (SPD) lui a emboîté le pas en mentionnant une « justice parallèle illégale ». Remarquez, les deux étaient bien dans leur rôle : l’un parle police, l’autre justice. Plusieurs personnalités politiques, dont le chef de la CDU, a revendiqué un renforcement des lois pour permettre l’interdiction de ce groupe. La chancelière est également montée au créneau pour expliquer que cette tentative serait la première et la dernière. Pour tenter de parer la paranoïa collective, certains éditorialistes (dans le Spiegel Online ou dans le taz) ont quand même rappelé que parler de justice illégale parallèle tenait plus de l’alarmisme que de la réaction politique saine, et surtout que tout ce tintouin faisait une publicité monstrueuse, sans doute plus que ce que ce groupuscule aurait pu espérer.

Maintenant, imaginez la même situation en France. Imaginez un groupe de barbus en veston bleu fluo patrouillant dans les rues, disons, du Havre, et quelques passants alarmés qui publieraient des photos sur Twitter. La machine s’emballe : la presse s’empare de l’affaire, le monde politique aussi. Et qui donc gueulerait plus fort que les autres et attirerait tous les micros et toutes les caméras ? À qui profiterait donc ce flip national ? À Madame Le Pen, bien entendu, qui se frotterait les mains d’avoir une raison de plus pour surfer sur les peurs et taper sur l’Islam, en couvrant tout ça, bien entendu, sous le principe de laïcité (à sens unique).

Pour l’instant en Allemagne, le parti eurosceptique Alternative für Deutschland (AfD), qui a le vent en poupe, ne semble pas s’être emparé de la question. Certes, il a atteint des scores alarmants dans les trois dernières élections régionales (près de 10% en Saxe le 31 août et plus de 10% dans le Brandebourg et en Thuringe le 14 septembre), mais difficile de faire le lien entre les deux phénomènes. Le Nationaldemokratische Partei Deutschlands (NPD), un chouette parti de néonazis, a lui sauté sur l’occasion pour distribuer un tract contre « l’islamisation de l’Allemagne ». Mais c’est un parti en cours de radicalisation et de marginalisation. L’absence d’un parti identique au FN en Allemagne limiterait-il l’impact de ce phénomène ? Impossible à dire, mais inutile de tenter l’expérimentation en France.

La religion sur formulaire administratif

Janvier 2014 - Une église à Wedding

Janvier 2014 – Une église à Wedding

Janvier 2014. Bravant la neige et le verglas qui recouvrent les rues de Berlin depuis deux semaines, je me fraye un chemin jusqu’à la mairie du district de Tiergarten, la seule où des rendez-vous étaient disponibles à court terme pour faire son Anmeldung, ce formulaire qui officialise la berlinitude – c’est-à-dire qui vous inscrit comme résident allemand, et qui existe dans tout le pays. Après un petit quart d’heure d’attente (comme quoi la ponctualité, hein, tout ça), je me retrouve donc face à face avec une fonctionnaire qui me demande mon contrat de location afin d’enregistrer mon adresse, afin de me poser d’autres questions. Le dialogue suivant s’est déroulé en allemand : « – Nationalité ? – Française. – Lieu de naissance ? – Paris. – Situation familiale ? – Célibataire sans enfants. – Religion ? – Quoiiiiiii ? ». Ah oui forcément, pour une Française ça fait bizarre. Je viens d’un pays où ce ne sont pas les oignons de l’administration de savoir si je suis juive, athée, musulmane, chrétienne ou bouddhiste.

Et pourtant je le savais : en Allemagne, la séparation de l’Église et de l’État n’est pas aussi stricte qu’en France. Tous les samedis à 20h, quand le journal télévisé passe sur TF1 et France 2, c’est un curé ou un pasteur qui parle à la télé allemande lors du Wort zum Sonntag. Mais tout cela va plus loin qu’un simple programme de télévision, bien entendu. Les premiers mots de la Loi fondamentale allemande sont par exemple « Conscient de sa responsabilité devant Dieu et devant les hommes … ». Ça change du « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale », pas vrai ? Mais ça n’est pas fini : il existe un impôt pour la religion. Il ne concerne que les religions catholique, protestante, juive et orthodoxe. En étant baptisé ou en se déclarant membre de telle ou telle église, cette taxe correspondant à 9% de l’impôt sur le revenu devient obligatoire. Mais le plus beau, c’est quand même que, pour ne plus payer cet impôt et officialiser sa sortie de l’Église, il faut signer un formulaire administratif et, selon les Bundesländer, payer des frais qui peuvent monter jusqu’à 50€. En avril (il n’y avait plus de neige), mon maître de stage était ainsi rentré de sa pause déjeuner ravi en expliquant que, étant enfin berlinois, il pouvait sortir de l’Église sans débourser un seul sou.

Bref, encore une fois, pas besoin de faire un dessin pour expliquer pourquoi l’importation de cette mesure ferait tache en France : la religion y est une affaire privée, une affaire de conscience personnelle. Et puis de toute façon, c’est bien connu, « y’a déjà bien trop d’impôts en France, pas vrai ma bonne dame ».


 En guise de conclusion

Mais il manque donc le fromage et le vin dans cette liste ? J’aurais bien voulu écrire que le fromage allemand est également un produit dont l’exportation ne serait pas, disons, nécessaire. Malheureusement, l’Allemagne exporte déjà plus de fromage que la France (oui, vous avez bien lu). Et en ce qui concerne le vin, une anecdote peut tout résumer. Un jour que j’étais dans un restaurant de poissons à Hambourg avec deux amis français, le serveur nous demanda si le vin que nous avions choisi, un Riesling de la région du Palatinat, était bon. Rien d’autre ne put nous échapper que « Er war nicht schlecht » (pas mauvais). Et pourtant, objectivement, il était bon, et même meilleur que plusieurs blancs d’Alsace. Mais de là à le dire, il y a un pas que des Français ont du mal à franchir. Un pas au-dessus du Rhin.

From Berlin, with love.