« La jeunesse emmerde le Front National « 

Le stand des jeunes du PG au meetind #jeudirouge du 19 avril

Hier au meeting Jeudi Rouge du parc des Expositions à Paris, une petite affiche suspendue au-dessus du stand des jeunes du Parti de Gauche a déclenché une avalanche de sourires et de poings levés. Nous y avions écrit, en lettres rouges et noires « La jeunesse emmerde le Front National ». La citation de la chanson « Porcherie » des Béruriers Noirs, que nous avions déjà scandé en choeur en 2002, doit être le mot d’ordre de la jeunesse ce dimanche, dans les urnes et place Stalingrad. Pourquoi ? Parce que nous refusons les affirmations des médiacrates bien-pensants qui, pour faire peur, publient à l’envi des sondages selon lesquels les jeunes voteraient majoritairement pour Le Pen. Le Monde a d’ailleurs du se coiffer d’un bonnet d’âneaprès avoir publié un sondage du CSA, qui faisait plus office d’intox que d’info.

Les jeunes ne votent pas Le Pen, ils s’abstiennent

C’est un classique des instituts de sondages et autres commentateurs politiques, qui inventent des chiffres et une opinion publique avant de leur faire dire ce qu’ils veulent. Souvenez-vous il y a deux mois, la grande mode des faiseurs d’opinion était de marteler à qui pouvait le lire ou l’entendre que les ouvriers votaient pour le parti d’extrême droite. Fidèle à l’antienne de la bonne société, « classe laborieuse, classe dangereuse », les commentaires se sont acharnés, pleins de mépris de classe, à l’encontre des ouvriers et des ouvrières dont on ne parle autrement jamais dans les médias. À l’appui de quelques chiffres considérés comme la vérité révélée, les voilà qui nous ont servi pendant plusieurs semaines du « Madame Le Pen séduit les ouvriers », du « Le Front National en tête chez les ouvriers », ou encore du « Les ouvriers votent majoritairement pour le parti d’extrême-droite », sous-entendant, au choix, soit que Marine Le Pen répondait aux angoisses de la classe ouvrière, soit que cette dernière était une classe obsédée par la viande hallal sans se préoccuper de l’insécurité sociale. Il nous a fallu une bonne campagne de désintoxication pour montrer tout ce que ces propos comportaient d’affabulations voire de mensonges éhontés. La classe ouvrière, se portant majoritairement vers le FN ? Faux ! Le premier comportement électoral des ouvriers, et ce depuis bien des scrutins, est l’abstention. Pour la simple et bonne raison que, hormis lorsqu’il s’agit de les présenter en temps d’élection comme partisans du fascisme, ils ne sont jamais représentés, ils sont invisibles, dans les médias comme dans les discours politiques. Or lorsqu’une partie de la société se sent exclue de tout ce qui donne représentation, ils ne participent plus aux élections car ils considèrent que cela ne les concerne pas.

TINA : There Is No Alternative ... ?     Il en va de même pour les jeunes. Et cette jeunesse, voilà que les sondeurs et les commentateurs nous la montrent comme attirée elle aussi en grande partie par le vote d’extrême-droite. Les articles se multiplient dans la presse, des reportages sur des jeunes qui dénoncent « l’avortement de confort » ou des analyses des derniers sondages qui concluent que Marine Le Pen serait en tête des intentions de vote chez les jeunes. C’est encore une fois la même absurdité que l’on nous sert ! Le premier comportement électoral des 18-25 ans, c’est encore une fois l’abstention. Et encore une fois parce que, à force de nous répéter le fameux « Il n’y a pas d’alternative » depuis notre plus tendre enfance, les dirigeants politiques ont fait comprendre à la jeunesse que la participation électorale ne servait pas à grand chose vu qu’un gouvernement était de toute façon pieds et poings liés à la volonté des banques, aux logiques de rigueur et d’austérité. Nous sommes nés au moment où le dogme néolibéral de Reagan et de Thatcher s’ancrait peu à peu dans la vie politique : pas étonnant que beaucoup d’entre nous pensent que la politique ne peut pas changer les choses si ce que répètent les dirigeants politiques, c’est justement qu’« il n’y a pas d’alternative », alors que le système s’effondre de toutes parts. Quitte à verser des larmes de crocodile sur l’abstention massive chez les jeunes, arguant de leur bonne foi et de leur inquiétude quant à la situation de la jeunesse.

Une génération sacrifiée et révoltée

Car ce n’est pas un hasard si l’on parle souvent de génération sacrifiée : aujourd’hui, pour la première fois, les jeunes peuvent s’attendre à vivre moins bien que leurs parents. On peut donner plusieurs noms à cette génération, qui montrent tous la réalité de la jeunesse d’aujourd’hui. La génération précaire, tout d’abord, car c’est celle qui subit de plein fouet le chômage et la multiplication de contrats précaires qui interdisent une projection dans l’avenir, le bien le plus précieux de la jeunesse car c’est elle qui le construit. La génération Tanguy aussi : alors qu’en 1975 seuls 35% des jeunes vivaient encore chez leurs parents, ils sont aujourd’hui 65%, et le chiffre monte à 81% lorsqu’il s’agit des non-diplômés. La génération à poil, celle dont un quart ont déjà renoncé à des soins de santé pour des raisons financières, et dont 13% ne sont pas couverts par une mutuelle. Bref, une génération exploitée, qui voit la précarité s’immiscer dans tous les recoins de la vie, poussant le bouchon toujours un peu plus loin. Donc oui, de quoi s’inquiéter sur la situation de la jeunesse. De quoi se révolter, se mobiliser.

Manifestation contre le CPE, printemps 2006

Détruisons alors ici une première fausse idée : les jeunes ne sont pas démobilisés, ils ne se désintéressent pas de la politique dans son sens premier, à savoir la vie de la cité, et donc la vie des citoyens et des citoyennes. La preuve en est que la jeunesse est à l’avant-garde de tous les mouvements sociaux. Que toutes les explosions de colère des dix dernières années, qu’elles prennent la forme de grèves étudiantes et de manifestations de rue ou de voitures qui brûlent dans les banlieues où le sentiment d’abandon prend le pas sur le reste, sont toutes du fait de la jeunesse et ont toutes été soit à l’initiative des jeunes comme le CPE, soit pérennisées par l’entrée dans la lutte des jeunes, comme le mouvement des retraites de l’automne 2010. Et c’est logique, si la politique ne semble plus pouvoir apporter de solution autre que « Profite et tais-toi » pour ceux qui sont bien nés ou « Il va falloir serrer la ceinture » pour ceux qui n’ont pas eu la même chance. C’est logique de l’ouvrir quand même, et d’essayer de se faire entendre. C’est logique de se battre pour ce pour quoi on peut se battre : le droit à une éducation de qualité pendant le mouvement contre la réforme LRU d’« autonomie » des universités, le droit à l’emploi comme tout le monde et pas à des ersatz de contrats de travail pendant le CPE, le droit à se projeter dans un avenir où il ne s’agit pas de trimer jusqu’à 67 ans.

Construire une France de l’avenir

La jeune génération française n’est pas repliée sur elle-même et attachée à des valeurs réactionnaires et à un ordre social établi. La jeune génération défend le droit à l’avortement, elle refuse le rétablissement de la peine de mort. C’est une

génération plurielle, diverse, métissée, elle a été élevée au milieu de tous, elle forge la France de la diversité. À l’école, nous avons grandi en nous mélangeant, et nous en avons été grandis. Comment le programme réactionnaire du Front National pourrait faire figure de sauveur, alors qu’il incarne tout ce que la jeunesse rejette ? Surtout quand ce même programme ne répond en rien à la précarité qui frappe la jeunesse. Pas d’augmentation des salaires, une hausse des cotisations y compris chez les plus pauvres, une réduction drastique des dépenses publiques qui ne mène à rien si ce n’est à une destruction dans le chaos des services public… y compris l’école, que Mme Le Pen veut renvoyer vers le privé avec son fameux « chèque éducation ».

Sur les plages du Prado à Marseille, 14 avril. Photo de Stéphane Burlot

Encore une fois, le but du Front de Gauche est de convaincre cette population qui ne croit plus à grand chose. Les abstentionnistes font partie de notre famille politique, ce peuple oppressé qui ne parvient qu’avec peine à sortir la tête de l’eau. Nous sommes le cri du peuple, des ouvriers et aussi, bien entendu, des jeunes. Nous pouvons faire de cette élection une insurrection civique, en construisant l’avenir, en construisant laFrance de demain. Comment pouvons-nous le faire sans ceux qui doivent la construire, les jeunes d’aujourd’hui ? La France de demain n’est pas la France de la haine, du racisme, du repli identitaire et d’autres sornettes qui mettent un poignard dans le cœur républicain de notre patrie. La France de demain est ouverte, elle est belle et rebelle, comme la jeunesse. Et elle crie bien fort, contre ceux qui veulent la repeindre en jeunesse fascisante, en jeunesse de la peur et de l’exclusion : « La jeunesse emmerde le Front National » !

Hollande au Bourget : « il faut que tout change pour que rien ne change »

 

Ça y est, il est rentré en campagne. Un premier meeting et un premier discours dimanche au Bourget, un passage à l’émission politique « Des paroles et des actes » ce soir, jeudi, sur France 2, juste après avoir déroulé son programme ce matin. Dimanche après-midi, j’étais donc devant un écran de télé chez un ami, pour suivre le discours de François Hollande, curieuse de savoir ce qu’il allait bien pouvoir nous dire. Je remarque d’ailleurs au passage que le meeting du Bourget était diffusé en direct sur plusieurs chaînes de télévision d’information, mais que les meetings du Front de Gauche n’y ont pas droit de cité, même ceux qui réunissent 6.000 personnes dans une salle du Grand Ouest français qui, on le sait, ne peut pas être taxé de gauchisme invétéré – la Vendée en témoignera pour nous. Ah, qu’il est beau, le partage du temps de parole entre les diverses forces politiques !

 

 

Mais bref, retournons à nos moutons – ceux qui seront tondus, s’entend (comme le dit justement le candidat du Front de Gauche dans ses voeux). Que nous a donc raconté le candidat socialiste à l’élection présidentielle ? Sa vie, déjà, et sa carrière politique. Tout d’ailleurs dans ce meeting était centré sur le candidat, sur une personne. De même le site de campagne n’est pas celui d’une froce politique, mais celui d’un homme, et les quatre chapitres de son programme commencent tous par « Je ». Conformément à cette personnalisation de la politique que j’exècre tant : quand certains, au meeting, criaient « Hollande président », nous criions « Résistance » à celui de Nantes. En attendant de lire donc ces soixante engagements, base sur laquelle nous pourrons enfin entamer un débat public, voici déjà mes impressions du discours de dimanche. Mais bref, retournons à nos tondeurs. À quoi pourrions-nous nous attendre ? De quoi le candidat nous a-t-il parlé dimanche ?

 

 Le contrat de génération ? Le diable en costume de soirée

 

Tout d’abord de ce qui, selon son site Internet, est sa « priorité » : la jeunesse. Ca tombe bien, apparemment, ça me concerne. Le constat est éclairant : la jeunesse est précarisée, stigmatisée, sans horizon d’avenir. Bon, ça, on le savait déjà. Autre chose ? Beaucoup de chômage, peu d’autonomie. Révélation ! À cet instant précis du discours, je ronge mon frein. J’attends des propositions, j’attends de savoir à quelle sauce je pourrais être mangée si jamais celui-là emménage à l’Élysée. Et le couperet tombe, sans appel : voilà qu’il nous ressort son « contrat de génération ». Pour ceux et celles qui trouvent l’expression jolie, il faut savoir que c’est l’équivalent du diable en costume de soirée. L’idée ? « Lier les générations entre elles » (comme si les principes républicains ne suffisaient pas à unir un peuple) à coup d’exonérations de cotisations salariales pour les entreprises de moins de 50 salariés qui accepteraient d’embaucher un jeune en CDI, jeune qui serait formé par un salarié plus âgé avant qu’il ne parte à la retraite. Créer une niche fiscale pour résoudre le problème de l’emploi des jeunes, en voilà une idée ! Et puis, surtout, nous n’avons pas à mendier auprès des entreprises pour qu’elles acceptent d’embaucher des jeunes sans contrat précaire ! Sur cette question, mieux vaut encore lire l’analyse de ma camarade Leila Chaibi qui, elle, en connaît un rayon question précarité.

 

 

Le candidat a aussi avancé des propositions pour l’éducation. Ce n’est pas moi qui irait dire que le système scolaire est un nirvana, bien au contraire : je ne peux qu’acquiescer quand François Hollande constate que l’échec scolaire est une tragédie, que beaucoup se joue à l’école maternelle et primaire. Une des promesses de François Hollande pour la jeunesse est donc un chiffre : 60 000 postes supplémentaires dans l’éducation nationale. Pour être franche, quand j’ai entendu cette phrase, j’ai failli m’étouffer. Comment ? Mais, un quart d’heure avant, n’était-ce pas le même homme qui, sur la même estrade, dans la même salle, au même meeting, nous annonçait tout fièrement, comme un enfant qui vole des bonbons à son copain de classe, que « le nombre total de fonctionnaires n’augmentera pas » quand il serait au pouvoir ?

 

Vases communicants

 

En éliminant les hypothèses des troubles de la mémoire, et de difficultés à utiliser une calculette, ne nous reste qu’une seule qui soit plausible : il va bien falloir en supprimer dans d’autres budgets. C’est comme les vases communicants : si on veut garder la même quantité de flotte et si on en rajoute dans un des vases, il va falloir prendre tout ça quelque part. Donc, Monsieur Hollande, j’attends. Vous allez les prendre où ces fonctionnaires ? Ou peut-être, comptez-vous créer des postes de non-titulaires, qui n’ont pas le statut de fonctionnaire, et qui sont le plus souvent embauchés avec des contrats précaires à outrance ? J’attends encore, si vous osez nous dire que votre proposition contre la précarité est de faire mériter encore plus à l’État son titre glorieux de celui qui embauche le plus en contrat précaire.

 

Autre enfumage en règle de la part du candidat « socialiste », sur la retraite. Il a bon dos, le François Hollande, de rappeler nostalgiquement la victoire de François Mitterrand en 1981 ! Juste après avoir sauté à pieds joints sur une de ses victoires les plus symboliques pour les travailleurs, la retraite à soixante ans! Mais si, mais si bons citoyens, vous pourrez partir à la retraite à soixante ans à taux plein si Monsieur Hollande devient Président de la République. Mais si, mais si… si vous avez commencé à travailler à dix-neuf ans. Parce que soixante ans et quarante et une années de cotisations, ça veut dire commencer à cotiser à dix-neuf ans. Pour les autres, il faudra trimer un peu plus avant de profiter des petits bonheurs de la retraite. Donc : aux jeunes d’aujourd’hui qui attendent leur premier emploi stable jusqu’à 27 ans en moyenne, ben pour la retraite, faudra encore attendre !

 

 Déclaration de guerre aux peuples vs déclaration de paix au monde

 

 

Un bel aperçu de ce programme d’« égalité », comme il l’a tant de fois répété. Un beau discours de gauche sans proposition d’augmentation des salaires (!), de réduction du temps de travail (!), de revalorisation des services publics (!). En gros, un programme qui ressemblerait presque plus à celui de Giscard qu’au programme commun de 1981, date que Monsieur Hollande aime tant rappeler à nos mémoires, la larme à l’oeil. Une dernière petite chose – symbolique certes, mais tellement signifiante. Au détour d’une phrase, le candidat socialiste nous a annoncé quel serait son premier déplacement à l’étranger : en Allemagne, pour rencontrer Mme Merkel. Cette phrase m’a faite réagir car, quelques jours auparavant, à l’émission « Des paroles et des actes », le candidat du Front de Gauche, Jean-Luc Mélenchon, avait affirmé que son premier voyage se ferait en Algérie. C’est certes tout un symbole, mais la différence, la voilà. D’un côté, une visite chez un des premiers artisans de l’Europe austéritaire, la chancelière allemande : une déclaration de guerre aux peuples. De l’autre côté, au Front de Gauche, une visite chez un peuple ami pour déposer devant lui les armes que tant d’autres ont affûté avant nous : une déclaration de paix au monde. Les rédacteurs de celle de 1792 auront quand même inspiré quelques républicains.

 

À la fin du meeting, sur i-Télé, les journalistes décryptaient le discours. Pour l’un d’eux, les deux phrases marquantes étaient : « Je suis prêt » et « J’aime les gens ». Tout bien réfléchi, ce sont celles qui résument le mieux le discours du candidat socialiste. Sauf peut-être celle-ci de Giuseppe de Lampedusa dans Le Guépard: « il faut que tout change pour que rien ne change », une alternance pour que rien ne change. Pour que tout change réellement, ce n’est pas seulement une alternance qu’il faut, mais une véritable alternative, celle que nous proposons. Maintenant que le programme est sorti, il va falloir le lire, le décortiquer, et lancer une fois de plus sur la table notre proposition de débat public avec le candidat socialiste: programme contre programme, enfin.


Tous Indignés, de Salamanque à Paris

C’est un charmant petit meublé, idéalement situé sur la plaza de la Constitucion (rebaptisée depuis plaza del 15 de mayo en hommage au quinze mai), dans la belle ville de Salamanque. Il y a l’électricité, le gaz. Il y a plusieurs tables pour manger, pour se réunir. Plusieurs ordinateurs permettent à ceux et celles qui le souhaitent de travailler, sur place. On peut y dormir nombreux, grâce à la collection de matelas, de sacs de couchage et de couvertures disposées dans l’arrière-salle. En cas de petit accident, l’armoire à pharmacie est pleine. Quand il manque quelque chose, on envoie un tweet pour demander du paracétamol, ou de l’ibuprofène. Il y a aussi un coin lecture et discussion, avec plusieurs canapés et une bibliothèque. L’essentiel de la décoration est à mettre au crédit de jeunes artistes salamantins engagés, qui à défaut de toiles exposent sur des draps et des cartons leurs messages («Unete!», traduction: «Rejoignez-nous!») et leurs oeuvres, reprenant notamment le fameux masque de V pour Vendetta.

La fatigue de la lutte, et le prix de l’indignation.

Le loyer? La fatigue de la lutte, et le prix de l’indignation. Dans une Espagne où la crise a frappé de plein fouet l’immobilier, c’est un prix que beaucoup sont prêts à payer. Certes, la bâche qui sert de toit est un peu précaire : quand il pleut, il faut disposer des cartons et des serpillères par terre pour éviter les coulées d’eau. Certes, l’approvisionnement en nourriture est aléatoire : comme pour le reste, on fonctionne sur le mode de la solidarité, les généreux apportant à manger quand ils le peuvent. Mais l’ambiance y est conviviale, et le souffle d’indignation qui gonfle les bâches attise la flamme de la lutte qui danse joyeusement dans ce foyer. Ce charmant petit meublé, c’est l’acampada de Salamanque. Monté par des Indignados sur le modèle – ici réduit, la ville n’est pas très grande – madrilène de la Puerta del Sol, il regroupe depuis le 17 mai tous ceux et toutes celles qui réclament une démocratie réelle, maintenant – una democracia real, ya.

L’histoire, on la connaît : le 15 mai, l’association Democracia Real Ya organise une manifestation dans plusieurs villes d’Espagne. Le soir même à Madrid, certains commencent à camper. Pendant que le campement madrilène s’agrandit, plusieurs villes montent le leur. Les AG se succèdent, réunissant de plus en plus de monde – des citoyens indignés, des militants chevronnés, des curieux. Les campements montent des commissions, discutent, débattent, pour parvenir à un consensus. Ils ont des revendications – la réforme de la loi électorale, la démocratie participative, l’intolérance à la corruption pour faire place à une transparence politique et bancaire. Ils ont leurs modes d’action – les casserolades, les flashmobs. Pour éviter les chahuts en AG, ils s’auto-disciplinent : on approuve en agitant les mains en l’air, on s’oppose en croisant les bras, on fait des moulinets pour faire comprendre qu’une intervention dure trop longtemps ou qu’elle se répète. Pour faire circuler les infos, c’est Internet et les réseaux sociaux comme Facebook ou Twitter qui sont à l’honneur, mais aussi le bon vieux bouche-à-oreille. Le mouvement est pacifique, non-violent et, pour faire comprendre que ce n’est pas un botellon (rassemblement-beuverie), l’alcool est interdit sur les camps. Quand la police intervient, comme à Barcelone le 27 mai, le mouvement ne fait que prendre de l’ampleur. Caramba, encore raté!

On veut que les peuples aient le premier et le dernier mot pour les décisions qui les concernent.

Le mouvement s’étend dans plusieurs pays : en Grèce, où la place Syntagma d’Athènes voit se réunir des milliers de personnes, au Portugal, en Angleterre, en Allemagne aussi, en France, où nous nous réunissons à la Bastille depuis le 20 mai. Partout, on demande une vraie démocratie, on se bat contre les plans d’austérité, on veut que les peuples aient le premier et le dernier mot pour les décisions qui les concernent. Dans certaines villes d’Europe, des campements sont également montés. Dans d’autres, à défaut de campement, on organise quand mêmes des Assemblées Générales, des commissions, des actions coup de poing : à Toulouse par exemple, les banques voient débarquer une fine équipe de faux «techniciens de surface» venus nettoyer l’argent sale. Toutes les villes se mettent en réseau, en contact et appellent à travers un appel commun à la #globalrevolution, décliné en vingt-trois langues.

À Salamanque, ville conservatrice de par l’histoire (entre octobre 1936 et novembre 1937, Franco y avait établi sa résidence et son quartier général), les Assemblées Générales réunissent jusqu’à 200 personnes, dont la plupart sont des étudiants, car c’est aussi une ville universitaire. Monter un campement était déjà pour eux une joie et une satisfaction immense : ils n’auraient jamais imaginé voir leur ville se réveiller d’une résignation morose pour réaliser ce qu’ils ont fait. Le 29 mai, ils ont même réussi à réunir jusqu’à 5 000 personnes sur la plaza Mayor, la place emblématique de la ville. Sur la place où subsiste encore, au-dessus d’un des arcs des galeries, un médaillon en pierre à l’image du caudillo, l’émotion était tellement forte que certains en ont eu les larmes aux yeux. Dans une ville de 160 000 habitants hors vacances universitaires, qui a reconduit le Parti Populaire à la mairie lors des élections municipales de mai, 5 000 personnes, c’est beaucoup. Et au campement, ils en sont fiers : c’est une date qui revient souvent dans leurs propos. Ana, qui m’a retracé tout le parcours que je viens de retranscrire, me décrit l’excitation qui régnait ce jour-là : ils écrivaient l’histoire, et en avaient conscience.

Pas de tensions, pas de méfiance : seulement de la fraternité, pure et simple.

Au campement, l’accueil est plus que chaleureux. Quand je suis passée la première fois, le mardi 7 juin, j’étais une touriste (le mot est on ne peut plus approprié). Un quart d’heure après mon arrivée, j’étais «la chica de Paris». J’y suis allée chaque jour, et le vendredi 10, quand je suis venue pour dire au revoir, j’étais des leurs. Pas de tensions, pas de méfiance : seulement de la fraternité, pure et simple. Miguel, avec qui j’ai longuement parlé le jeudi, y voit une des raisons pour lesquelles le mouvement est aussi fort à Salamanque. « Au campement, il y a deux types de personnes. Il y a ceux qui ont déjà un passé militant, et ceux qui n’ont jamais milité, qui n’ont même jamais rien lu sur la politique. Au fil du temps, les deux types de personne ont travaillé ensemble, tous unis. Bien sûr il y a eu quelques problèmes. Mais ils ont tous trouvé une solution qui aille à tout le monde, et ça, c’est beau ». Pendant que nous parlons, il commence à pleuvoir : « prends un parapluie quand tu pars, ils sont ici pour ça », me propose-t-il en disposant un seau pour récupérer l’eau qui fuite de la bâche. Avant de reprendre son récit, répétant sans cesse que « c’est beau » : le changement, la prise de conscience, le soulèvement. Il voit loin quand il me parle du mouvement : « Nous devons faire ça. Nous avons besoin de quelque chose de plus grand, et quand on produit le changement ici, on peut aller plus loin. On doit croire que le changement est beau, possible, et surtout nécessaire ». À l’heure où j’écris, l’acampada de Salamanque a été levé. Mort, le mouvement? Que nada! Ana m’explique que, maintenant qu’ils sont bien organisés, reliés entre eux, ils n’ont plus besoin du campement pour se retrouver, ils n’ont plus besoin d’un lieu fixe mais, au contraire, ils veulent étendre le mouvement dans tous les quartiers de la ville. D’où la commission extension, la plus importante selon eux. Ce jour-ci d’ailleurs, la commission allait participer à une Assemblée Générale dans le quartier de Santa Marta.

Ici, nous avons tant à apprendre d’eux.

Arrivant de Paris, l’admiration était forcément de mise. Ah, la France! Le pays des révolutions, des manifestations, des soulèvements populaires, souvent réprimés par la police mais tellement édifiants! Que n’a-t-il pas fallu argumenter, pour expliquer qu’ici, nous avons tant à apprendre d’eux. Rassembler tout le monde, garder tout le monde ensemble, ils savent faire. Pas de « dégage », pas de « casse-toi » en Assemblée générale, quand quelqu’un n’est pas d’accord. Juste une discussion posée et argumentée, pour arriver à un accord. Mais le fait même d’avoir le soutien des Indignés parisiens leur mettait du baume au coeur. Le message de la commission Espagne de Paris, lu en Assemblée Générale le mercredi, a été accueilli avec enthousiasme et vivement applaudi.

Hier, dimanche 19 juin, la boucle était bouclée : à l’Assemblée Générale des Indignés parisiens, sur le parvis de Notre-Dame, quelques minutes avant la dernière sommation des policiers et les premières interpellations, c’est le « communicado de apoyo » salamantin qui est passé au micro. À plus de 1270 kilomètres de distance, « l’écho de la voix de Salamanque » a effectivement « grondé dans les rues de Paris ». Ce jour même, de Salamanque à Paris, en passant par Athènes, Londres, Madrid, Barcelone, Berlin et d’autres villes en Europe, nous étions tous Indignés, tous révoltés. Et nous le faisions savoir.

Ci-dessous, les textes des deux messages de soutien : de Paris pour Salamanque, et de Salamanque pour Paris.

« Carta a la acampada Salamanca

Hola compañeros :

Hoy día 3 de junio os escribimos rodeados por la policía. Habíamos acordado una reunión de comisiones para debatir sobre diferentes temas de organización y de contenido pero las brigadas de la CRS, la policía nacional de aquí, han venido y nos han rodeado para establecer un perímetro-ridículo para poder empezar las reuniones de comisión.

El movimiento en París nació el 19 de mayo. Salimos para apoyaros delante de la embajada española. Desde ese día el movimiento ha ido tomando fuerza así como también la represión policial. Han acordonado permanentemente la plaza de la Bastille y ahora mismo no dejan reunirse a más de dos personas. Por este motivo nos hemos visto obligados a cambiar de sitio para hacer las AG y las reuniones de comisión, la próxima AG será en Beaubourg (Centro Pompidou).

Esta situación nos hace tomar conciencia de la necesidad y de la importancia de dar continuidad al movimiento. Estamos sacando a la calle los trapos sucios del sistema en el que vivimos. Desde ahora nuestra opinión tiene que contar.

Por eso os damos todos nuestro apoyo para que continuéis esta lucha por una democracia real ya.

Gracias por haber inspirado este movimiento, des de la acampada- París. Animo y suerte !!
Salut Camarades!

Aujourd’hui 3 juin on vous écrit entourées par la police. On avait décidé de nous réunir par commissions pour débattre différents sujets quand les brigades de la CRS sont venus et ils nous ont entourés. Ils ont établi un périmètre-ridicule pour pouvoir faire nos réunions.

Le mouvement de Paris né le 19 mai, nous sommes allés en face de l’ambassade espagnole pour exprimer notre support au mouvement. Dès ce jour le mouvement à Paris a grandi mais aussi la répression policière. Ils ont bloqué la Bastille et maintenant ils ne laissent aux groupes de plus de deux personnes se rassembler. Pour cette raison on a été obligés a changer d’emplacement et de faire nos réunions ailleurs. La prochaine sera à Beaubourg. Cette situation nous fait prendre conscience de la nécessité et de l’importance de donner une continuité à ce mouvement. On sort les mensonges de notre système politique pourri. Dès maintenant notre opinion doit être prise en compte.

On vous donne tout notre support pour continuer cette lutte, pour une démocratie réelle maintenant.

Merci pour avoir inspiré ce mouvement. Bon courage ! »

« Comunicado de apoyo de Salamanca a Paris 

Compañeros de París, la conciencia se abre paso por las personas. El cambio era necesario y todos lo estamos llevando a cabo. El paso del tiempo acompañado con la inestabilidad política y social ha creado un germen que está aflorando en las mentes de las personas.

    Desde Salamanca apoyamos a nuestros compañeros de todas las ciudades del Estado en crear una conciencia real para un cambio real. El sistema democrático se ha fragmentado y necesitamos cambios, que el poder adquiera pureza y sea el pueblo quien tome la decisión. Somos ciudadanos libres, con pensamientos e ideas diferentes pero con una finalidad conjunta: que nuestras voces no sólo sean voces, sino mecanismos de cambio, propuestas claras establecidas desde una base y que esa base sea la responsable del cambio.
Ser capaces de dejar nuestras diferencias a un lado, ser responsables de crear una lucha conjunta, formar parte de un todo, un conjunto de elementos que dejan de ser personas y se convierten en un sólo mecanismo de actuación y reacción. La unión hace la fuerza y unos tantos políticos no pueden decidir sobre millones de personas. Somos nosotros quienes tomamos esas decisiones. Un sólo pueblo, unido en una misma lucha, eliminar privilegios de personas, eliminar injusticias dentro de un sistema injusto. Porque la justicia la marca el pueblo, la responsabilidad la debe tener el pueblo.
Desde Salamanca luchamos por la unidad de una conciencia no estatal sino global. Todos podemos hacer que esto cambie, pero no a nivel individual, sino como un grupo sólido unido en una misma voz. París se ha levantado y desde Salamanca transmitimos nuestro apoyo a todos nuestros compañeros parisinos. La conciencia tiene que abrirse paso en las mentes y ser conscientes de crear una lucha unida; el pueblo con el pueblo y no con sistemas políticos y económicos opresores.
    Hermanos parisinos, que el eco de la voz del pueblo salmantino retumbe por las calles de París. Hay que hacerse oír y dar a conocer que esto no es utópico, es una realidad creada por la necesidad de hacernos escuchar.
    Luchad y no desistir.
    Partenaires de Paris, la conscience s’ouvre un passage par les gens. Le changement était nécessaire, comme tout ce que nous faisons. Le passage du temps couplé avec l’instabilité sociale et politique a créé des semences qui font surface dans l’esprit des gens.
De Salamanque nous soutenons et encourageons nos collègues dans chaque ville et village de l’État à créer une réelle prise de conscience pour un changement réel. Le système démocratique est fragmenté et nous avons besoin de changements, que le pouvoir devienne pure et que le peuple soit qui prenne la décision. Nous sommes des citoyens libres, avec des pensées et des idées différentes, mais avec un objectif commun, que nos voix ne soient pas seulement des voix, mais les mécanismes de changement, des propositions claires établies à partir d’une base et que cette base soit la responsable du changement.
    Être capables de renoncer nos différences, être responsables de la création d’une lutte commune, qui fait partie d’un ensemble d’éléments qui arrêtent d’être personnes et deviennent un mécanisme unique d’action et de réaction. L’union fait la force et quelques politiques ne peuvent pas décider sur des millions de personnes. C’est nous qui prenons de telles décisions. Un peuple, unis dans une lutte commune visant à éliminer les privilèges de personnes, d’éliminer l’injustice dans un système injuste. Parce que la justice est marquée par les personnes, la responsabilité doit être du peuple.
    Depuis Salamanque nous combattons pour l’unité pas seulement d’un Êtat, mais une conscience globale. Nous pouvons tous faire ce changement, pas individuellement, mais comme un groupe solide uni pour une seule voix. Paris s’est levé et depuis Salamanque nous vous transmettons notre soutien à tous nos collègues parisiens. La prise de conscience doit pénétrer dans les esprits et il faut que nous soyons au courant de créer une lutte unie, le peuple avec le peuple et pas avec des systèmes politiques et économiques oppresseurs.
    Frères parisiens, que l’écho de la voix de Salamanque gronde dans les rues de Paris. Nous devons nous faire entendre, et de faire savoir que ce n’est pas une utopie, c’est une réalité créée par la nécessité de nous faire entendre. Luttez et n’abandonnez pas.
    Salutations et encouragement.
Acampada Salamanca »

Laïcité, un nom féminin

Pour le numéro d’aujourd’hui, la rédaction de l’Humanité a laissé les jeunes « s’emparer » du journal fondé par Jaurès: nous l’avons écrit de A à Z.

Retrouvez-y notamment un petit dossier féminisme, avec un court article de mon cru: « Laïcité, un nom féminin », qui insiste sur la nécessité de la laïcité pour un combat féministe radical (au sens étymologique du terme, qui remonte à la racine).

Deux autres camarades du Réseau Jeunes du Parti de Gauche ont aussi participé à cette aventure. Coup de coeur: n’hésitez pas à lire l’article de Tristan Sadeghi sur Jaurès.

Liberté, égalité …

Liberté, égalité, fraternité: un beau triptyque. En ces temps de destruction massive de la solidarité républicaine, les valeurs de la République sont de grandes vedettes. Pour lutter contre les lois sécuritaires, c’est l’argument de la liberté qui envahit les sphères politiques. Étudiants et chercheurs dénoncent la formation à deux vitesses qui se met en place : la sélection systématisée, nouvelle forme de darwinisme social et affront à l’égalité des droits. Et ces deux valeurs profondément humanistes sont allègrement reprises et détournées par la droite. Mais alors que cette liberté et cette égalité sont brandies comme l’étendard de notre fierté citoyenne, le troisième larron manque à l’appel : la fraternité a déserté les rangs.

Mais rassurons-nous, c’est partout pareil. La liberté, maître mot de notre société néolibérale , est présente sur toutes les lèvres. « L’affaire Wikileaks » a par exemple, il y a peu, relancé le débat sur la liberté d’information. Mais ce mot est surtout utilisé n’importe quand et n’importe comment pour couvrir des réalités bien différentes. Pire qu’un euphémisme comme la raison d’Etat, cette valeur est devenue un mensonge lancé à la face des peuples. Ainsi, notre belle liberté de mouvement se transforme en expulsions de sans-papiers par dizaines de milliers, dès qu’ils atteignent leurs 18 ans. Les seules libertés qui vaillent encore sont celles de circulation des capitaux et des marchandises, surtout pas celle des êtres humains. Et le chef de l’État viole tranquillement la laïcité, fondatrice d’une véritable liberté de croyance ou d’incroyance, en déclarant qu’un curé vaut bien mieux qu’un instituteur public dans l’apprentissage des valeurs morales. Où sont donc passés les hussards noirs de la République ? Nul ne le sait. Mais au moins, on parle de liberté.

Vous avez dit « égalité des droits? »

Notre belle égalité est, elle aussi, allègrement mise à mal. Le mot « justice », indéfiniment répété par notre cher Président, a bien du mal à trouver son application dans les faits. Un petit exemple? Il faudrait plus de 20 000 années de salaire pour qu’un smicard arrive au revenu annuel de Bernard Arnault. Quant à l’égalité des droits (pas des chances, par pitié, la République n’est pas la Française des Jeux), ceux qui la cherchent s’en cassent aisément les dents. Où est l’égalité des droits quand, les bourses étant insuffisantes à l’université, un enfant issu de la bourgeoisie réussit bien mieux ses études car il n’a pas besoin de se salarier pour payer son logement? Où est l’égalité des droits quand les les femmes, orientées très tôt vers des filières dites « féminines », se retrouvent dans des métiers socialement dévalorisés, précaires et sous-payés? Cherchez, vous vous retrouverez vous aussi avec les dents cassées, quand les illusions le sont déjà. Mais au moins, on parle d’égalité.

Et la fraternité dans tout ça?

Tous les hommes naissent libres et égaux en droit, mais il y en a qui sont plus égaux que d’autres, écrivait George Orwell : il y en a donc qui le sont moins. Le problème? C’est la conception idéaliste de la liberté qui prévaut aujourd’hui, nettement séparée de l’égalité. Pourtant, si elles sont gravées accolées l’une à l’autre sur le fronton de nos écoles et mairies, c’est bien que les êtres humains ne peuvent être totalement libres s’ils ne sont pas libres d’être égaux. Et si la fraternité suit les deux autres, il y a forcément un lien. L’égalité entre les êtres humains ne vient pas toute seule, mais de leur entraide ; la liberté n’existe pas si les êtres humains, dépourvus de toute fraternité, ne cherchent qu’à se dominer, allègrement encouragés par des politiques néolibérales de division des travailleurs entre eux. Notre République est fondée sur cette valeur de fraternité, car elle repose sur un accord tacite de vivre ensemble harmonieux. Mais, paradoxalement, c’est ce principe qui sombre le plus vite, oublié de tous comme le vestige d’une utopie d’un autre âge. Qu’attendons-nous donc pour affirmer une fois pour toutes notre volonté d’aller vers l’avant et non de basculer dans un individualisme poussé à l’extrême qui détruit une par une toutes les formes de solidarité ?

Il est temps de réactiver les modes de fraternité, qui semblent malheureusement avoir disparu. Si la droite peut, en jetant de la poudre aux yeux, se targuer de défendre une liberté de misère (celle du capitalisme financiarisé et libéralisé) ou  de promouvoir une égalité élitiste (entre ceux qui méritent de l’être, à savoir les oligarques), elle ne pourra jamais se draper  des atours de la fraternité, qui ne peut appartenir qu’à ceux qui combattent jour après jour les destructions auxquelles cette droite se livre. Le jour où tous s’entraideront, il ne sera plus jamais question de pressions et d’exclusions, par le système, de ceux qui ont déjà été laissés sur le carreau par les autres. Il ne sera question que de la liberté, de l’égalité et, surtout, de la fraternité.

La France, une boîte de conservatisme

Je me rends compte aujourd’hui de la difficulté de tenir un blog. Je n’ai pas publié un article ici depuis novembre, je l’avoue. Par manque de temps, par manque d’énergie, par manque d’inspiration. C’est pourquoi je salue le travail de mes camarades du Parti de Gauche, qui parviennent à continuer leur blog et à y publier des articles régulièrement, tout en poursuivant en parallèle un militantisme d’exception. Quand les médias dominants s’acharnent à diffuser partout les mêmes informations, les mêmes analyses, la même idéologie en somme, il est important pour l’autre gauche dont nous faisons partie de créer ses propres médias, de les diffuser le plus possible pour montrer qu’une alternative est possible, et que nous voulons la porter bien haut. Bref, je reviens aujourd’hui sur mon blog pour y publier un article dont le sujet me tient à cœur, et colle à l’actualité, en plein débat parlementaire sur les lois bioéthiques.

La France est une réelle boîte de conservatisme.

Accouchement sous X, euthanasie, mariage homosexuel. Il y a deux semaines, ces trois sujets ont fait une petite sortie sur la scène politique et médiatique. Et une fois encore, à la manière d’une tragédie (trop) classique en trois actes, la France nous a montré qu’elle est une réelle boîte de conservatisme. Acte I. En confiant  la garde d’un enfant né sous X à ses grands-parents contre l’avis de la mère, le tribunal d’Angers a ouvert une dangereuse brèche dans ce droit fondamental des femmes. Acte II. Le Parlement nous a donné un bien triste spectacle lors du débat sur l’euthanasie, les conservateurs écartant encore la possibilité de légaliser ce droit à mourir dans la dignité. Acte III. Suite à la saisine du Conseil Constitutionnel par un couple lesbien, les « Sages » ont déclaré que l’interdiction du mariage homosexuel était conforme à la constitution, sortant de son rôle et légitimant un combat homophobe mené depuis bien longtemps.


Pris en bloc
, analysés comme un seul et même phénomène, ces trois événements nous donnent un exemple du consensus malsain qui existe en France autour des sujets de société. Les problèmes soulevés sont tellement personnels et profonds que les débats autour de ces thèmes souvent se crispent. Car se pencher sur l’accouchement sous X, sur l’euthanasie, sur le mariage homosexuel, et plus loin encore parfois sur l’avortement, sur les mères porteuses, c’est poser les questions de la vie, de la famille. C’est aussi être amené à mettre dans une même balance les droits de la femme et ceux de l’enfant. C’est toucher au plus près au modèle moral judéo-chrétien et patriarcal qui donne depuis plusieurs siècles le chemin à suivre, le « droit chemin ». C’est toucher à ce qui nous rappelle malheureusement tous les jours que la France reste la fille aînée de l’Eglise.

La souveraineté de soi-même, de son corps, est inséparable de la souveraineté du peuple, c’en est même un préalable.

La vie: c’est le premier argument des conservateurs quand on parle du droit à mourir dans la dignité. « Mais vous comprenez, la vie humaine, c’est quand même ce qu’il y a de plus important ! Vous qui vous déclarez humanistes, vous ne pouvez pas vous faire les partisans de la mort autorisée ! », et autres inepties. J’assume ce mot inepties, car brandir l’argument de la vie revient à ignorer ce qu’il y a de fondamental dans une vie, c’est-à-dire les conditions d’existence. Bien sûr que la vie est importante ! Mais une vie dans la dignité ! Interdire à un homme ou à une femme de choisir les conditions de sa mort, c’est lui renier son ultime liberté. Si les êtres humains naissent et demeurent libres et égaux en dignité et en droits (Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948), alors ils doivent avoir le droit de mourir en dignité. De plus, cet argument de la « vie », du « droit à la vie », a des dérives dangereuses que nous connaissons tous et toutes. En effet, comment prétendent s’appeler les opposants du droit à l’avortement, sinon les « pro-vie »? On voit bien là le risque pris à accepter ce genre de justifications. La souveraineté de soi-même, de son corps, est inséparable de la souveraineté du peuple, c’en est même un préalable.

Il faut modifier le code civil : non, le mariage n’est pas l’union d’un homme et d’une femme, mais celle de deux êtres humains.

Les conservateurs s’accrochent comme un coquillage à son rocher au modèle familial judéo-chrétien: un homme (le père de famille), une femme (la mère qui s’occupe des enfants), des enfants « biologiques ». Et, dans les discours les plus extrémistes, on retrouve le délit d’adultère voire l’abstinence jusqu’au mariage. Considérés comme « déviant-e-s », les homosexuels ne correspondraient pas assez à ce modèle de famille : deux hommes ne pourraient pas avoir ce qu’on appelle l’instinct maternel (qui vise en fait à renvoyer perpétuellement les femmes vers leur rôle de mère), et deux femmes ne pourraient pas avoir l’autorité paternelle, la force « virile » nécessaire. De plus, réputé-e-s comme trop libertin-e-s (comble de l’horreur, le fantôme de Sade plane au-dessus des débats), ils ne correspondent pas à l’exigence de fidélité. Dans la suite logique, étant donné que le mariage serait la première étape à la fondation d’une famille, un couple homosexuel ne devrait pas y avoir accès. Il faut attaquer cette justification sur deux fronts : celui du modèle, et celui de  son application par des couples homosexuels.


Ce modèle familial doit être remis en cause car il est un adversaire séculaire (millénaire, devrais-je dire) de la liberté humaine.
L’invention de modèles alternatifs est nécessaire pour hétérosexuels, homosexuels et bisexuels, encore une fois parce que l’être humain doit être souverain sur son propre corps. Un-e seul-e ou plusieurs partenaires, un seul ou plusieurs amours, le mariage ou non, la fidélité ou non, l’enfant ou non : ces choix doivent être libres, et pour l’être les êtres humains doivent être soustraits aux contraintes morales imposées par une société profondément conservatrice. Et encore plus pour les femmes qui sont doublement victimes de ces normes sociales car, dans un modèle d’essence patriarcale, elles sont plus soumises à une surveillance permanente, et à un jugement plus sévère. Ensuite, il faut attaquer sur le terrain des droits des homosexuels : pourquoi ne seraient-ils ou elles pas libres de choisir un modèle comprenant le mariage et l’enfant, ou seulement l’un des deux? Culpabiliser les « outsiders » en vertu d’une norme sociale établie par les oppresseurs du peuple il y a plusieurs siècles est tout d’abord un anachronisme, mais ensuite et surtout une négation fondamentale de la liberté humaine et de l’égalité de tou-te-s les citoyen-ne-s devant la loi. Il faut modifier le code civil : non, le mariage n’est pas l’union d’un homme et d’une femme, mais celle de deux êtres humains. Et ce qu’ils ou elles font de ce mariage les regarde personnellement : le mariage ne doit pas être défini par des obligations du type de la fidélité, mais plutôt du type de la solidarité. La différence est fondamentale, et elle répond à l’exigence du respect de la vie privée.

Quel besoin est-il de faire culpabiliser une femme pour ce choix, alors qu’elle l’a fait en toute souveraineté sur elle-même?

La femme ou l’enfant? Il y a un siècle encore, lors d’un accouchement à risques, on demandait au père de l’enfant à naître s’il préférait sauver la femme ou l’enfant. Il répondait souvent d’ailleurs qu’il préférait sauver l’enfant, qui représentait alors l’avenir de cette famille de modèle judéo-chrétien tant désirée. La femme n’avait bien sûr pas son mot à dire. Aujourd’hui, alors qu’il est devenu évident que si quelqu’un doit être sauvé, c’est bien la mère de l’enfant à naître, la pratique de l’accouchement sous X redonne de l’actualité à cette question. Quand un tribunal ignore la volonté et la décision d’une femme d’accoucher de manière anonyme, et lui impose de voir cet enfant livré à ses propres parents, il prétend privilégier l’enfant plutôt que la mère. Or dans un cas, celui de l’enfant, il s’agit d’une vie à construire qui peut n’être que très faiblement marquée par cette décision, surtout quand tant de demandes d’adoption en France pourraient aboutir. Au contraire, dans l’autre cas, il s’agit d’une femme qui a déjà subi les neuf mois de grossesse, qui a du prendre la dure décision qu’est celle d’accoucher sous X, et qui en les séquelles de ce traumatisme pendant toute une vie. Quel besoin est-il de la faire culpabiliser pour ce choix, alors qu’elle l’a fait en toute souveraineté sur elle-même? Et encore une fois, l’argument de la famille est également brandi. Or il est réactionnaire, à l’époque où nous vivons et dans un pays pour lequel depuis 1789 c’est la nation sociale et non pas ethnique qui prévaut, de privilégier les liens biologiques aux liens sociaux.

Pour couper l’herbe sous le pied des conservateurs, c’est aux têtes et aux cœurs qu’il faut s’adresser.


Ceux qui s’opposent à ces droits humains
que doivent être le mariage homosexuel, l’accouchement sous X ou au la fin de vie dans la dignité, incarnent un vieux modèle sociétal judéo-chrétien, patriarcal, réactionnaire. Si nous voulons détruire ce modèle qui nie aux hommes et aux femmes leur liberté, leur dignité, nous devons nous battre continuellement contre la remise en cause des droits déjà acquis, et pour acquérir ceux qui nous manquent cruellement. Nous devons donc nous attaquer à la source du problème, c’est-à-dire à cette morale séculaire imposée grâce à l’alliance tout aussi ancienne du sabre et du goupillon. On se souvient, récemment, de Christine Boutin brandissant haut la Bible dans l’hémicycle pour s’opposer au PACS! C’est le rôle d’une école publique et laïque d’inculquer aux futur-e-s citoyen-ne-s d’autres valeurs que celles du patriarcat et de son pendant conservateur d’essence judéo-chrétienne. Pour couper l’herbe sous le pied des conservateurs, c’est aux têtes et aux cœurs qu’il faut s’adresser. C’est peut-être le plus dur, mais c’est aussi la plus belle des aventures.

 

Une étudiante en visite à la tiru

« Tiru un jour, tiru toujours ». Devant l’incinérateur d’Ivry-sur-Seine, c’est un éboueur-épouvantail qui nous accueille avec une pancarte entre les jambes. Ce mardi 2 novembre à 17h50, l’ambiance est à la lutte. De la fumée s’envole d’un feu de camp où brûlent des cageots et des bouts de carton, une sono diffuse des chants protestataires. Notre manifestation étudiante, qui a parcouru le 13e arrondissement en passant devant les lieux qui marquent par la grève la lutte contre le gouvernement et ses politiques (hôpital de la Pitié Salpêtrière, Gare d’Austerlitz, Bibliothèque Nationale de France), est arrivée devant « la tiru » vers 17 heures. Un éboueur gréviste a pris la parole à la sono du camion pour raconter la grève, la galère, mais aussi les soutiens, la fierté et l’espoir. D’autres travailleurs en grève discutent derrière les grilles fermées. Adossé contre la grille, l’un d’entre eux nous regarde arriver. Il s’appelle Grégory et, comme ses camarades, cela fait quinze jours qu’il est en grève. Comme le rappelle une banderole fixée sur la grille, les travailleurs de l’incinérateur d’Ivry sont entrés en lutte le 19 octobre. Le plus grand incinérateur d’Europe ne tourne plus, plus de cinquante véhicules et de vingt-sept bennes sont à l’arrêt. Et ça ne s’arrêtera pas maintenant: « on peut encore tenir pendant quinze jours ». Ce qui fera un mois de salaire en moins.

Retraites et conditions de travail. Ce mouvement s’inscrit dans la lutte pour la défense des retraites, qui n’a cessé de prendre de l’ampleur depuis le 7 septembre dernier. Pourquoi se battre pour les retraites? « Parce qu’on est tous dans la même merde, là je me bagarre pour les retraites de tout le monde ». La conscience de classe serait-elle de retour? En tout cas, la solidarité interprofessionnelle est là. Bien sûr, les travailleurs de l’incinérateur d’Ivry se battent aussi pour eux. Car la retraite des éboueurs, ce n’est pas Byzance, « c’est 1100 € par mois, au bout de 35 ans de ville ». Et encore, c’est pour ceux qui ont le temps d’en profiter, pour ceux qui ne meurent pas avant: « Cet été encore on en a perdu deux, il y en avait un qui était à six mois de la retraite ». En réponse, la mairie de Paris ne leur propose que quinze euros de plus par mois. La question est donc déjà d’arriver à la retraite, avec des pensions décentes, mais aussi de pouvoir bien travailler en attendant.  Les salariés de la mairie de Paris pour la propreté n’ont pas de traitement de faveur parce qu’ils bossent pour le public. Les conditions de travail sont dures, « les chefs te font cavaler ». Les fonctionnaires, des flemmards? « Dans le 13e en une collecte, entre six heures et neuf heures du matin, ils font le boulevard Port-Royal, le boulevard Saint-Marcel, le boulevard de l’Hôpital ». Les manques d’effectifs se font sentir: « On manque de vingt bonhommes depuis deux ans, je fais les grands marchés du 12e et on manque vraiment de monde ».

Santé. Résultat, les travailleurs sont fatigués, exténués, le corps ne suit pas. « Au bout de dix ans je suis déjà cassé de partout, le dos, les poignets », m’explique Grégory. Toute l’histoire de la pénibilité au travail, brandie comme une garantie sociale par le gouvernement pendant les négociations, apparaît alors comme une vaste blague: quand ils arriveront à la retraite, ceux-là ne pourront pas en profiter. Autre facteur de dégradation de la santé des éboueurs, les conditions d’hygiène. Quand je lui demande si celles-ci sont correctes, il me répond avec un air d’évidence « Mais bien sûr qu’il y a des problèmes d’hygiène, rien n’est propre! », ce qui n’arrange rien à l’affaire. Et avec son salaire, difficile d’aller voir le toubib à chaque fois qu’il y a un problème. « J’ai des fins de mois difficiles, des fois je vais voir mon médecin et même 23€ je ne peux pas, alors je lui dis que je le rembourse deux semaines après ». Sur le système de santé, Grégory est d’ailleurs lucide: « La retraite, ce n’est que le début, après ce sera la sécu, bientôt on sera comme en Amérique ». Eh oui, ce même mardi à l’Assemblée, c’est le projet de loi de financement de la sécurité sociale qui a été adopté en première lecture. Parmi quelques mesures contenues dans la loi: suppression de la rétroactivité des aides personnalisées au logement (APL), diminution de remboursement d’encore plus de médicaments et de certains actes pratiqués à l’hôpital.

Conditions de vie. Et comme souvent, alors que les conditions de travail sont indécentes, la feuille de paie l’est également. Je demande à Grégory si, au vu de ces facteurs aggravant, son salaire a augmenté. « Oui… de 0,03 pour cent sur trois ans. Sarko, il s’est augmenté de combien déjà? » me demande-t-il. La réponse est aussi indécente: 170%. La comparaison est rapidement faite avec les Rolex du Président: « Pour Noël j’ai acheté un iPhone à ma fille, il m’a fallu six mois pour pouvoir lui offrir ». Grégory a trois enfants, et à la fin du mois il gagne 1400€. « Et entre temps les prix ils augmentent », rajoute-t-il. Preuve à l’appui: « L’autre jour j’achète de l’huile d’olive, du lait, des boutons de pression, et deux trois autres trucs, eh ben le billet de vingt euros il est parti comme ça ». C’est un profond sentiment d’injustice qui pointe dans ses propos, ainsi que dans la lutte de tous les travailleurs en grève depuis des semaines. De l’argent, il y en a, et ça n’est pas un secret: « Quand les usines ferment et que les bonhommes perdent leur emploi, ils partent où les milliards »?

Grève, organisation, soutiens. Alors, pour exprimer ce sentiment d’injustice et se battre pour un système plus juste, les travailleurs de l’incinérateur d’Ivry sont en grève. Et pourtant, rester la nuit sur le site comme le fait Grégory, ce n’est pas quelque chose qui se fait de gaieté de coeur. « Ma fille est en vacances scolaires, je la vois deux heures par jour », me raconte-t-il en ajoutant que c’est le cas de tout le monde sur le site, y compris de deux éboueuses qui restent de nuit. Au début, ça n’était pas facile: « Pour faire les merguez sous la pluie, on s’abritait sous des sacs en plastique ». Aujourd’hui, derrière les grilles fermées, on voit des tentes, des tables, des chaises « données par des associations ». Car, après plusieurs jours de grève, les soutiens sont arrivés de toute part, financiers et matériels bien sûr, mais pas seulement. Un représentant syndical grec est déjà venu leur dire toute son admiration. C’est d’ailleurs cette admiration pour les éboueurs en grève de Marseille qui les a poussés à entrer dans le mouvement, « parce qu’eux, ils ont des cojones« . Maintenant, c’est de la fierté qui anime les travailleurs de l’incinérateur: « tous les jours on se remercie », me raconte Grégory. Mais il y a aussi de la colère, car alors qu’eux sont en grève, les poubelles des parisiens sont encore vidées. En effet, la mairie de Paris fait tourner des bennes privées à deux heures du matin dans les rues du 12e arrondissement pour ramasser les ordures que les travailleurs de l’incinérateur d’Ivry ne collectent plus.

Ensemble. Oui, les ordures sont encore ramassées. Ce mardi soir, quand je suis rentrée chez moi, j’ai descendu mes poubelles dans la cour et je m’en suis rendue compte. Comme pendant toute cette rencontre, c’est la honte qui m’a envahie. Honte de participer malgré moi de ce système où une mairie se disant socialiste empêche ses administrés de se rendre compte que les travailleurs de la propreté de la ville sont en grève. Honte d’un confort que je n’ai nullement mérité et que je ne dois qu’à mon extraction sociale. Honte de la petitesse de mon engagement étudiant alors que ces hommes et ces femmes perdent des semaines de salaire. Qu’est-ce que mettre des tables devant des ascenseurs alors qu’eux restent jour et nuit devant leur lieu de travail pour faire vivre la grève? Quand j’ai avoué ce sentiment à un des grévistes qui se réchauffait auprès du feu de camp, il m’a donné une réponse qui, elle, m’a réchauffé le coeur: « Y’a pas de petit ou de grand engagement, on est tous ensemble et c’est ça qui compte ». C’est bon, j’ai compris: on va continuer, mais cette fois, on va continuer ensemble.