Réfugiés : tous aux abris ?

Alors que l’Europe commémore le triste anniversaire de Lampedusa en révisant ses outils de maîtrise de flux des réfugiés à travers la Méditerranée, l’Allemagne durcit sa politique d’asile.

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« Aucun homme n’est illégal » : le campement de l’Oranienplatz

Ils sont le visage d’une réalité européenne. Arrivés au terme d’une marche de 28 jours à l’automne 2012, plusieurs centaines de réfugiés avaient planté leurs tentes sur l’Oranienplatz, une place du district de Friedrichshain-Kreuzberg. Avec le soutien du maire du district de l’époque, Franz Schulz (Verts) : « nous considérons que leurs revendications politiques sont justes », avait-il déclaré. Depuis, ils multiplient les actions pour obtenir un droit de séjour. Ils ont écrit une lettre ouverte au ministre de l’Intérieur, organisé des grèves de la faim devant la porte de Brandebourg ou la tour de la télévision de l’Alexanderplatz, occupé temporairement des sièges des Verts et de la confédération syndicale DGB, récoltant au passage le soutien de nombreuses associations, mais également les ultimatums des autorités.

Le 18 mars dernier, le Sénat de Berlin et les réfugiés étaient pourtant parvenus à un accord. Dès que le campement de l’Oranienplatz était évacué, ils obtiendraient un « soutien et un accompagnement dans le développement de leurs perspectives professionnelles ». Étaient compris des cours d’allemand, une reconnaissance de leurs compétences et un accès à des études, à une formation ou au marché du travail. En avril 2014, plus ou moins volontairement et pacifiquement selon les sources, les demandeurs d’asile avaient démonté le campement de l’Oranienplatz et avaient commencé à préparer leurs dossiers. Ils auraient alors dû être examinés au cas par cas. Jusqu’au coup de théâtre du 31 août : signé par une sénatrice non compétente en la matière, l’accord serait invalide. Quelques jours plus tôt, 108 réfugiés avaient vu leurs dossiers refusés et devaient quitter Berlin.

Appellation d’origine contrôlée

La mobilisation de l’Oranienplatz n’est qu’une illustration parmi d’autres du durcissement de la politique d’asile en Allemagne, qui trouve aussi sa traduction dans le droit. Dernier exemple en date : une loi votée le 3 juillet au Bundestag et le 19 septembre au Bundesrat, modifiant la liste des « pays d’origine sûrs », c’est-à-dire censés respecter les droits de l’homme et les libertés fondamentales. Trois pays de la péninsule des Balkans y ont été ajoutés : la Bosnie-Herzégovine, la Macédoine et la Serbie. Jusqu’ici, outre les pays de l’Union Européenne et de l’Espace Schengen, seuls le Ghana et le Sénégal figuraient sur cette liste faisant office d’appellation d’origine contrôlée des demandeurs d’asile. Concrètement, cela signifie que les ressortissants de ces pays peuvent se voir refuser leur demande sans motif. Plusieurs associations et partis étaient pourtant montés au créneau, arguant de la situation inquiétante des Rroms dans ces pays.

Comme les États au sein de l’espace européen, les Länder se renvoient en permanence la patate chaude sur le nombre de réfugiés à accueillir, demandant également parfois à l’État fédéral de prendre ses responsabilités. Car la législation de la République Fédérale est la même que celle de l’Union Européenne, définie par le règlement de Dublin : la demande d’asile ne peut être faite que dans le Land d’arrivée du réfugié. Les Länder du Sud se plaignent alors de leur part qu’ils jugent trop importante. Le Bade-Wurtemberg, gouverné par les Verts en coalition avec le SPD, qui ne cesse de réclamer un engagement plus fort du niveau fédéral, est régulièrement taxé par d’autres Länder de trop « restrictif ». C’est d’ailleurs ce Land qui a fourni les voix nécessaires à la majorité requise pour voter la loi sur les pays d’origine sûrs. Et en Bavière, la Christlich-Soziale Union (CSU, alliée de la CDU de Merkel) plaide pour un contrôle des frontières face aux réfugiés qui seraient « envoyés » depuis l’Italie.

Un plaidoyer qui prend la forme d’un serment d’hypocrite. Au sein de l’Allemagne, il serait inadmissible que les Länder du Sud supportent une charge plus importante. Par contre en Europe, les États du Sud ont toute vocation à accueillir tous les demandeurs d’asile qui atteignent leurs côtes après avoir traversé la Méditerranée. Pour ceux qui les atteignent, bien entendu : un an après Lampedusa et alors que les naufrages se multiplient, l’Union Européenne semble toujours plus préoccupée du renforcement de sa forteresse que du sort des réfugiés. Hasard du calendrier, c’est deux mois après le drame du 3 octobre 2013, qui avait vu 366 migrants sombrer au large de l’île italienne de Lampedusa, que l’UE avait mis en place EUROSUR, un système de surveillance des frontières. Malgré les jérémiades des dirigeants européens qui qualifient la Méditerranée de cimetière à ciel ouvert, le premier objectif de ce système reste la lutte contre l’immigration illégale.

Le règne de Triton

Pour compléter ces dispositifs, le 9 octobre, les 28 ministres de l’Intérieur ont décidé du lancement en novembre prochain de l’opération Triton. Poétiquement nommée ainsi en référence au dieu marin qui, selon la mythologie grecque, voulut sauver des vaisseaux échoués à la suite d’une tempête, l’opération aura pour mission de sauver les migrants en Méditerranée, prenant le relais de Mare Nostrum, opération lancée unilatéralement par l’Italie en décembre 2013. Depuis, en moins d’un an, cette dernière a secouru plus de 90 000 réfugiés. Un résultat qui sera difficile à atteindre par Triton, tant son trident semble édenté : alors que l’opération italienne était dotée de plus de 9 millions d’euros par mois pour accomplir sa mission, sa petite sœur européenne disposera de 2,5 millions d’euros. Un montant jugé largement insuffisant par Amnesty International, qui dénonce la « passivité coupable » des États membres face aux tragédies en Méditerranée.

Une nouvelle opération pour revenir au point de départ ? « Pour que tout reste comme avant, il faut que tout change », affirme Tancredi dans Le Guépard. Un roman de Giuseppe Tomasi di … Lampedusa. Quelle ironie.

« Ils viennent par milliers, mais la plupart / N’atteindront jamais le pays espéré / Les patrouilles les saisiront / Pour les déporter en notre nom / Et le reste, il se noiera / Dans la fosse commune de la Méditerranée »

Die Toten Hosen, Europa

Ces exports dont la France se passerait bien

L’Allemagne est championne européenne d’exportation, c’est bien connu. Mais en dehors des biens de consommation, c’est l’importation du « modèle allemand » qui fait couler des litres et des litres d’encre dans les rédactions et dans les partis politiques. Ce fameux modèle ne recouvre pourtant qu’une réalité vague et aux facettes multiples. Comme dans chaque pays, les « produits d’exportation » potentiels, qu’ils fassent ou non partie d’un modèle politique, économique, social ou culturel, sont très variés. Petite revue diverse et personnelle de ceux dont la France se passerait bien.


Note : ceci n’est pas du « modèle allemand bashing ». Encore une fois, ce terme ne recouvre pas grand chose, et il y a d’autres produits d’exportation que je verrais très bien traverser le Rhin, le plus vite possible même.


Hartz IV

« Bon, si tu ne trouves pas de job, tu vivras de Hartz IV, comme une vraie Berlinoise ». Ces mots d’un ami, dont je tairai le nom, n’ont malheureusement que très peu à voir avec de l’exagération. À Berlin, vivre de Hartz IV, ce RMI au rabais, est devenu le lot commun de nombreux Berlinois – presque 17% -, et surtout des jeunes – près d’un cinquième chez les 15-24 ans. Les chiffes varient énormément selon les Länder et atteignent leur plus haut sommet dans la capitale.

Minijobers : un droit du travail en miniature. Image : dpa/alliance

Hartz IV, minijobs : un droit du travail en miniature. Image : dpa/alliance

À quoi correspond le régime Hartz IV ? Je parle délibérément de régime, et vous allez comprendre pourquoi. Il s’agit d’un système d’aides sociales adopté par les Verts et les sociaux-démocrates du SPD sous le règne de Gerard Schröder en 2004. Il fête donc ses dix ans cette année : youpi ! La mesure principale de ce système est la réduction de la durée des indemnités chômage à douze mois, après quoi l’aide octroyée tombe en-dessous des 400€ (exactement de 296€ à 391€). Des allocations logement et chauffage peuvent également être attribuées en sus, avec un plafond strict. Et en contrepartie de ce traitement royal, les Hartz IV Leute ont bien entendu quelques obligations : accepter (quasiment) n’importe quel boulot (y compris les Minijob à 450€ ou les travaux d’utilité publique payés 1€ de l’heure) sous peine de sanctions, et leurs comptes en banque sont épluchés scrupuleusement (deux heures de baby-sitting pouvant entraîner une réduction des indemnités). La panacée, n’est-ce pas ? La cour constitutionnelle de Karlsruhe avait déclaré en 2010 la loi Hartz IV comme incompatible avec l’article 1 de la Loi fondamentale allemande qui garantit la dignité humaine. Depuis, bien que le montant des aides augmente chaque année, ce nom est toujours synonyme de précarité et de pauvreté.

Alors pourquoi ne pas importer ce système d’aides sociales en France, comme certains le proposent ? Pas besoin de faire un dessin, il me semble : ce système d’aides ne devrait être exporté nulle part, malgré ceux qui, sur la rive occidentale du Rhin (bah, oui, je peux pas dire de notre côté du Rhin, ce serait géographiquement faux pour moi), réclament une réforme du marché du travail « à l’allemande » – c’est-à-dire à la Hartz, pour diminuer le chômage. Si certaines mesures comme le Kurzarbeit, ce chômage partiel indemnisé et plutôt efficace, pourraient trouver une application intéressante en France, l’allocation chômage au rabais, c’est non.

La Shariah Police

Ils ont des blousons oranges et se promènent les soirées de week-end dans les rues de Wuppertal, ville industrielle de la région Rhin-Ruhr et lieu de naissance de Friedrich Engels et de Pina Bausch (rien que ça). Aux hommes, ils expliquent qu’ils ne doivent pas boire d’alcool. Aux femmes, ils expliquent qu’elles feraient mieux de se couvrir les cheveux avec un voile. Qui ? Les joyeux gardons de la Shariah Police. Ce groupe de salafistes a commencé à faire la Une des quotidiens outre-Rhin depuis le début du mois.

Au programme du Shariah Police Festival

Au programme du Shariah Police Festival

Autant dire qu’en pleine période de décapitations par l’État Islamique, le sujet fait polémique. Les réactions politiques n’ont pas tardé, jusqu’au sein du gouvernement. Thomas de Maizière, ministre de l’Intérieur (CDU) a ainsi déclaré au Bild, célèbre tabloïd, que « personne ne peut s’octroyer le droit d’abuser du nom de la police allemande », et son collègue à la justice Heiko Maas (SPD) lui a emboîté le pas en mentionnant une « justice parallèle illégale ». Remarquez, les deux étaient bien dans leur rôle : l’un parle police, l’autre justice. Plusieurs personnalités politiques, dont le chef de la CDU, a revendiqué un renforcement des lois pour permettre l’interdiction de ce groupe. La chancelière est également montée au créneau pour expliquer que cette tentative serait la première et la dernière. Pour tenter de parer la paranoïa collective, certains éditorialistes (dans le Spiegel Online ou dans le taz) ont quand même rappelé que parler de justice illégale parallèle tenait plus de l’alarmisme que de la réaction politique saine, et surtout que tout ce tintouin faisait une publicité monstrueuse, sans doute plus que ce que ce groupuscule aurait pu espérer.

Maintenant, imaginez la même situation en France. Imaginez un groupe de barbus en veston bleu fluo patrouillant dans les rues, disons, du Havre, et quelques passants alarmés qui publieraient des photos sur Twitter. La machine s’emballe : la presse s’empare de l’affaire, le monde politique aussi. Et qui donc gueulerait plus fort que les autres et attirerait tous les micros et toutes les caméras ? À qui profiterait donc ce flip national ? À Madame Le Pen, bien entendu, qui se frotterait les mains d’avoir une raison de plus pour surfer sur les peurs et taper sur l’Islam, en couvrant tout ça, bien entendu, sous le principe de laïcité (à sens unique).

Pour l’instant en Allemagne, le parti eurosceptique Alternative für Deutschland (AfD), qui a le vent en poupe, ne semble pas s’être emparé de la question. Certes, il a atteint des scores alarmants dans les trois dernières élections régionales (près de 10% en Saxe le 31 août et plus de 10% dans le Brandebourg et en Thuringe le 14 septembre), mais difficile de faire le lien entre les deux phénomènes. Le Nationaldemokratische Partei Deutschlands (NPD), un chouette parti de néonazis, a lui sauté sur l’occasion pour distribuer un tract contre « l’islamisation de l’Allemagne ». Mais c’est un parti en cours de radicalisation et de marginalisation. L’absence d’un parti identique au FN en Allemagne limiterait-il l’impact de ce phénomène ? Impossible à dire, mais inutile de tenter l’expérimentation en France.

La religion sur formulaire administratif

Janvier 2014 - Une église à Wedding

Janvier 2014 – Une église à Wedding

Janvier 2014. Bravant la neige et le verglas qui recouvrent les rues de Berlin depuis deux semaines, je me fraye un chemin jusqu’à la mairie du district de Tiergarten, la seule où des rendez-vous étaient disponibles à court terme pour faire son Anmeldung, ce formulaire qui officialise la berlinitude – c’est-à-dire qui vous inscrit comme résident allemand, et qui existe dans tout le pays. Après un petit quart d’heure d’attente (comme quoi la ponctualité, hein, tout ça), je me retrouve donc face à face avec une fonctionnaire qui me demande mon contrat de location afin d’enregistrer mon adresse, afin de me poser d’autres questions. Le dialogue suivant s’est déroulé en allemand : « – Nationalité ? – Française. – Lieu de naissance ? – Paris. – Situation familiale ? – Célibataire sans enfants. – Religion ? – Quoiiiiiii ? ». Ah oui forcément, pour une Française ça fait bizarre. Je viens d’un pays où ce ne sont pas les oignons de l’administration de savoir si je suis juive, athée, musulmane, chrétienne ou bouddhiste.

Et pourtant je le savais : en Allemagne, la séparation de l’Église et de l’État n’est pas aussi stricte qu’en France. Tous les samedis à 20h, quand le journal télévisé passe sur TF1 et France 2, c’est un curé ou un pasteur qui parle à la télé allemande lors du Wort zum Sonntag. Mais tout cela va plus loin qu’un simple programme de télévision, bien entendu. Les premiers mots de la Loi fondamentale allemande sont par exemple « Conscient de sa responsabilité devant Dieu et devant les hommes … ». Ça change du « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale », pas vrai ? Mais ça n’est pas fini : il existe un impôt pour la religion. Il ne concerne que les religions catholique, protestante, juive et orthodoxe. En étant baptisé ou en se déclarant membre de telle ou telle église, cette taxe correspondant à 9% de l’impôt sur le revenu devient obligatoire. Mais le plus beau, c’est quand même que, pour ne plus payer cet impôt et officialiser sa sortie de l’Église, il faut signer un formulaire administratif et, selon les Bundesländer, payer des frais qui peuvent monter jusqu’à 50€. En avril (il n’y avait plus de neige), mon maître de stage était ainsi rentré de sa pause déjeuner ravi en expliquant que, étant enfin berlinois, il pouvait sortir de l’Église sans débourser un seul sou.

Bref, encore une fois, pas besoin de faire un dessin pour expliquer pourquoi l’importation de cette mesure ferait tache en France : la religion y est une affaire privée, une affaire de conscience personnelle. Et puis de toute façon, c’est bien connu, « y’a déjà bien trop d’impôts en France, pas vrai ma bonne dame ».


 En guise de conclusion

Mais il manque donc le fromage et le vin dans cette liste ? J’aurais bien voulu écrire que le fromage allemand est également un produit dont l’exportation ne serait pas, disons, nécessaire. Malheureusement, l’Allemagne exporte déjà plus de fromage que la France (oui, vous avez bien lu). Et en ce qui concerne le vin, une anecdote peut tout résumer. Un jour que j’étais dans un restaurant de poissons à Hambourg avec deux amis français, le serveur nous demanda si le vin que nous avions choisi, un Riesling de la région du Palatinat, était bon. Rien d’autre ne put nous échapper que « Er war nicht schlecht » (pas mauvais). Et pourtant, objectivement, il était bon, et même meilleur que plusieurs blancs d’Alsace. Mais de là à le dire, il y a un pas que des Français ont du mal à franchir. Un pas au-dessus du Rhin.

From Berlin, with love.

Même à la Fête de l’Huma, le sexisme est ordinaire

« Hé mad’moiselle ! C’est combien ? » . Il est 18h30, le samedi 14 septembre au Parc Départemental de la Courneuve. Je suis arrivée à 13 heures pour ce deuxième jour de la Fête de l’Humanité, et j’en suis déjà  à une quinzaine de remarques du genre au compteur.

La journée de la robe

o-ROSEA-LAKE-facebookC’est qu’il faut croire qu’il est interdit de porter une robe à la Fête de l’Huma – surtout, apparemment, si elle est accompagnée de chaussures à talons. Sous peine, justement, de récolter ce que le machisme a fait de meilleur. Le long des avenues aux noms éloquents – Stéphane Hessel, Rosa Parks, Jean Jaurès, Danielle Mitterrand ou encore Hugo Chavez -, les interpellations s’accumulent, de plus en plus élégantes au fur et à mesure que la journée passe et que les verres se vident. Le comble étant de faire traiter de « belle salope » en plein milieu de l’avenue Clara Zetkin, députée allemande de la Ligue Spartakiste et brillante militante féministe  à l’initiative de la Journée Internationale des Droits des Femmes. Au mieux, cela tient de l’ironie; au pire, du profond dégoût. Et cela ne fait que renforcer le constat quotidien du sexisme ordinaire.

Le sexisme ordinaire, le sexisme de rue, tout le monde y assiste chaque jour. Il suffit de se promener un samedi après-midi dans un quartier bondé, particulièrement en été quand les jambes se découvrent, pour se rendre compte qu’il ne s’agit pas d’un phénomène isolé. N’importe quelle fille lâchée en ville se retrouve la cible potentielle de commentaires et d’interpellations, allant du plus banal – le classique sifflement – au plus odieux – « viande à viol », par exemple. Le magnifique Tumblr Paye ta Shnek, qui recense le fleuron des « tentatives de séduction en milieu urbain », et qui permet au passage de se défouler sur la toile après une journée à battre le pavé, montre bien l’ampleur de ce phénomène.  Il avait même eu un certain écho dans les médias à la sortie de « Femme de la rue », le film documentaire de Sofie Peeters dans lequel la réalisatrice se promène en caméra cachée dans les rue de Bruxelles pour enregistrer les commentaires sexistes qu’elle recueille à son passage.

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Exemple choisi parmi tant d’autres des citations recensées sur « Paye ta Shnek »

Et pourtant, tout le monde – ou presque – y est aveugle. Ou refuse de le voir, et comme dit le dicton, il n’est pire aveugle que celui qui ne veut pas voir. En témoigne ce journaliste amateur qui nous avait posé quelques questions lors de la SlutWalk de 2011 à Paris, et qui lui-même nous avait avoué ne jamais s’être demandé pourquoi certaines de ses amies se changeaient avant de rentrer chez elles à la fin d’une soirée, ou pourquoi d’autres  demandaient à un ami de les raccompagner chez elles lorsqu’elles rentraient tard. Et il n’est pas seul : on ne compte plus le nombre d’amis ou de connaissances qui s’étonnent constamment des anecdotes que nous pouvons raconter. Et parfois même qui minimisent le phénomène, si récurrent et si naturel qu’il est devenu à leurs yeux.

Le principe est pourtant simple : je m’habille comme je veux m’habiller, et personne n’a le droit de m’interdire, par un ordre exprès ou par un comportement culpabilisant, une tenue particulière. La revendication peut paraître évidente pour nombre de personnes, politisées ou non, camarades ou non. Y compris pour une bonne partie des militants de gauche dont la défense des droits des femmes et de l’égalité sont inscrites dans l’ADN politique. D’où peut-être d’ailleurs cet aveuglement dont je parlais plus tôt. Mais, comme le montre l’exposé accablant du sexisme ordinaire, elle est loin d’aller de soi dans la jungle urbaine de l’asphalte et du zinc. Absurde même pour certains, comme pour ce policier canadien qui expliquait à des étudiant-e-s que si les femmes ne voulaient pas être agressées, elles n’avaient qu’à ne pas s’habiller comme des salopes. Ce triste exemple a néanmoins conduit à la vague mondiale des SlutWalk, ces « marches des salopes » où nous revendiquions notre liberté de pouvoir nous habiller comme nous le souhaitons, sans jugements, sans commentaires et sans risques pour notre intégrité physique.

La bulle féministe n’existe pas

Et s’il y a un endroit où les femmes devraient pouvoir revendiquer ce droit et cette liberté de s’habiller comme bon leur semble, c’est bien au coeur de la slut4-879796c5cgauche combattante, chez ceux qui descendent dans la rue le 8 mars et qui présentent des listes paritaires aux élections : dans l’éphémère Karl-Marx-Ville qui remplit chaque année le Parc Départemental de la Courneuve des stands des partis de la gauche radicale française et du monde entier, bref, à la Fête de l’Humanité. Un endroit où plus d’une association féministe tient un stand, où des débats sont organisés et des tracts en faveur des droits des femmes distribués. D’où un choc d’autant plus rude au fil de la journée, où l’on se dit que l’on est nulle part à l’abri de ces remarques. De nombreux amis étaient d’ailleurs atterrés au récit que je leur ai fait, excédée, à la fin de la journée.

Le constat est donc simple et désolant. Si la Fête de l’Humanité est une bulle où bon nombre de valeurs de gauche qui animent nos combats tout au long de l’année – par exemple l’antilibéralisme, le pacifisme, l’écologie, l’antiracisme – trouvent une application concrète et directe, il n’en va pas de même pour le féminisme. Pourquoi un « Toi t’es bonne » n’entraîne aucune vague d’indignation dans la foule de ceux qui parcourent les allées de la Fête ? Alors qu’une insulte homophobe provoque immédiatement l’ire des témoins présents. Certes, j’anticipe la réponse, la Fête de l’Humanité n’est pas uniquement un lieu de rassemblement politique : nombreux sont ceux qui y viennent pour les concerts, pour l’ambiance – tout simplement pour faire la fête. Mais, au contraire des autres festivals, la Fête de l’Humanité compte un public militant qui ne se compte pas sur les doigts de la main. Et, avant tout et surtout, rien ne justifie de tels comportements, ici comme ailleurs.

Un terrain expérimental pour la solidarité antisexiste

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 » – Mais fiche moi la paix !
– Waow, quel tempérament !
– Toi, mon pote, tu restes encore cinq minutes »

Un constat, si simple soit-il, appelle des réactions. Répondre à ces insultes par un « mêle-toi de tes affaires » ou par un « connard » bien senti ne suffit pas. Bien des mesures – qui ne coûtent rien – peuvent être prises par les organisateurs de la Fête. Pourquoi, par exemple, ne pas utiliser le support papier que représente la vignette d’entrée à la Fête pour imprimer un code de conduite des festivaliers, qui attirerait notamment l’attention sur le caractère inacceptable des commentaires sexistes et des interpellations insultantes. Une autre idée me vient directement de Berlin où, dans certains bars alternatifs, les pintes de bière sont posées sur des sous-bocks antisexistes sur lesquels sont dessinées des scènes de sexisme ordinaire auxquelles un témoin réagit. Autour de l’image, des conseils en cas de situation sexiste ou d’agression : rendre public, demander de l’aide, crier au feu, appeler la police, frapper, etc. Au dos, un texte explique notamment que nous « facilitons la tâche aux auteurs [d’agressions] en considérant trop souvent les relations entre hommes et femmes comme des choses privées », qu’il faut parfois « oser demander si la femme se sent harcelée » , tout en reconnaissant qu' »intervenir peut être stressant ou pénible ». Chaque année, on découvre avec joie les nouveaux dessins imprimés sur les verres réutilisables et consignés de la Fête de l’Huma. Pourquoi ne pas s’inspirer de ces sous-bocks antisexistes et de diffuser un message féministe sur ces fameux verres en plastique ?

Last but not least, la responsabilité incombe également, comme tout le temps et partout, à chacun et chacune d’entre nous. Mais, et encore une fois parce que la Fête de l’Humanité est (aussi) un festival dont une partie du public est sensibilisée au combat politique et notamment à la lutte pour les droits des femmes et pour l’égalité des sexes, cette prise de responsabilité est encore plus nécessaire en ce lieu. Car si l’on ne peut imposer à personne, au milieu d’une rue déserte ou d’une rame de métro vide, d’avoir le courage de s’opposer seul aux agressions verbales ou parfois physiques, on pourrait exiger de tous et de toutes d’être vigilant sur les allées de la Fête. Il serait tellement simple, lorsque l’on entend des interpellations sexistes sur les allées de la Fête, de répondre haut et fort à leurs auteurs que leurs propos sont décalés, insultants, et que rien ne justifie de tels comportements. D’autant plus que, la plupart du temps, ils ne semblent absolument pas en avoir conscience. Pour une force politique comme la nôtre à laquelle l’éducation populaire tient tant à coeur, voilà un beau terrain expérimental pour la solidarité antisexiste.

Histoire d’éviter que la Fête de l’Humanité ne soit seulement celle d’une moitié de l’humanité.

Erasmus, nouvelle victime de l’austérité européenne

Vendredi 4 octobre, Alain Lamassoure, président de la commission parlementaire des budgets, a déclaré que le programme Erasmus, qui existe depuis 1987, pourrait bientôt se retrouver en cessation de paiement.
Alors que les caisses du fonds social européen sont déjà vides et que d’autres programmes européens seront eux aussi bientôt en cessation de paiement, la situation du programme Erasmus est symbolique. 90 millions d’euros manquent pour boucler le budget de ce programme qui vient de fêter ses 25 années d’existence et qui est l’un des programmes les plus populaires et les plus connus en Europe. Chaque année près de 3 millions d’étudiants, ainsi que des enseignants, bénéficient de ce programme qui permet de découvrir d’autres pays, d’autres horizons, ainsi que d’apprendre des langues étrangères in vivo. Depuis quelques années, un effort de démocratisation avait été mis en œuvre pour permettre à une majorité d’étudiants d’en bénéficier. Les difficultés actuelles de financement remettent en cause cette démocratisation : pour cette année, le versement du second semestre de bourse n’est pas assuré. De plus, ces problèmes financiers viennent remettre en cause le programme « Erasmus for All » (Erasmus pour tous) qui devait débuter en 2014.
Le programme Erasmus en cessation de paiement, cela veut dire une masse importante d’étudiant-e-s européen-ne-s privé-e-s de partir à l’étranger. Cela signifie que les plus démunis d’entre eux verront l’horizon d’une ouverture culturelle se refermer et devront rester étudier dans leur pays d’origine, si tant est qu’ils aient réellement accès aux études au niveau national.
Le Parti de Gauche réaffirme son opposition aux politiques d’austérité qui, en entraînant l’économie européenne toute entière dans le mur, détruisent les maigres acquis sociaux et de démocratisation culturelle. Parce que nous ne voulons pas que le programme Erasmus soit une nouvelle victime de l’orientation austéritaire de l’Union européenne, nous continuerons, comme le 30 septembre dernier ainsi qu’au Parlement, à combattre ces politiques.

Communiqué disponible sur le site du Parti de Gauche

Marion Le Pen ne représente pas la jeunesse de France

Communiqué de presse du Parti de Gauche

’Cette jeunesse francaise’ n’est pas et ne sera jamais la jeunesse de France.

Au soir du second tour des élections législatives, Marion Maréchal-Le Pen a déclaré être « heureuse d’être la porte-parole de cette jeunesse française ». La nièce de Mme Le Pen a en effet été élue dans la 3e circonscription du Vaucluse, département qui selon l’INSEE est en pleine « révolution grise », avec une population en moyenne moins jeune que sur l’ensemble du territoire.

Au meeting de la porte de Versailles, 19 avril 2012

De quelle jeunesse la toute nouvelle benjamine de l’Assemblée Nationale nous parle-t-elle ? Nous n’oublions pas que le premier comportement électoral de la jeunesse en France est tout simplement l’abstention, ce qui en fait une génération en péril démocratique. La cadette des Le Pen ne représente que sa propre vision de la « jeunesse française » et les électeurs du Vaucluse qui choisirent dimanche de donner leur voix à une héritière de la dynastie Le Pen.

Cette déclaration est donc un mensonge, d’autant plus que le programme que défendra cette députée n’offre aucun avenir aux jeunes. Alors que la jeunesse de France est plongée dans la précarité dont elle est la première victime, le Front National aspire à aggraver cette situation en proposant le recours à l’apprentissage dès 14 ans et en refusant toute augmentation de budget pour l’Éducation nationale ou l’Enseignement supérieur. Marion Maréchal Le Pen ne représente que les valeurs conservatrices et racistes de son parti, pas la jeunesse de France, sa diversité et ses espoirs.

Ce sont au contraire les députés du Front de Gauche qui défendront à l’Assemblée Nationale des politiques sociales en direction de la jeunesse, comme ils l’ont déjà fait en proposant en décembre dernier une loi pour l’émancipation et l’autonomie des jeunes. Scolarisée, professionnelle ou précarisée, la jeunesse de France ne pourra jamais se reconnaitre dans le parti du passé, le parti de la haine, le parti des dynastes, le parti de la ségrégation.

C’est à nous, jeunes militant-e-s du Parti de Gauche et du Front de Gauche de redonner envie et espoir aux jeunesses de France, contre « cette jeunesse française » et son parti, pour donner toute leur place aux jeunes dans la vie politique, dans leurs diversités et leur totalité.

Maëlle Dubois, pour le Réseau Jeunes du Parti de Gauche

Sur le site du Parti de Gauche

Ce n’est qu’un premier tour

Voilà maintenant un peu plus de vingt-quatre heures que les résultats officiels du premier tour des élections législatives sont tombés. Me voilà donc de retour sur mon blog, après une campagne pour les élections législatives haute en couleurs, riche en émotions mais aussi dure à bien des égards. Pour mettre ses idées au clair, rien de mieux que d’écrire : voilà ce que je fais, pour remettre un peu d’ordre dans tout ça.

Un bon coup sur la tête

Inutile de mentir : dimanche soir, comme beaucoup de mes camarades (enfin, j’imagine), j’ai pris un bon coup sur la tête. Je n’irai pas jusqu’à parler de douche froide – je m’en expliquerai plus tard – mais le coup a été rude. J’étais à Hénin-Beaumont, dans la 11e circonscription du Pas-de-Calais, et tous les résultats tombaient, les uns après les autres. Tout d’abord les résultats qui concernaient la campagne que nous avons mené sur cette circonscription : celle de Jean-Luc Mélenchon, qui malgré notre lutte acharnée n’a pas pu atteindre le second tour pour affronter le diable de confort fasciste qui verrouille tout le système électoral, j’ai nommé Mme Le Pen. Ce résultat a bien sûr été dur pour beaucoup d’entre nous, compte tenu du faible écart de voix entre le candidat arrivé en deuxième position, le maire de Carvin, M. Kemel.

Ce sont ensuite tous les autres résultats qui nous sont parvenus. Ceux de nos camarades du Parti de Gauche, comme Martine Billard, députée sortante et exemplaire à l’Assemblée, qui est arrivée en troisième position dans la 5e circonscription de Paris, derrière même Benjamin Lancar, président des Jeunes Populaires qui comparait la campagne de Nicolas Sarkozy à un rail de coke. Mais bien sur aussi les résultats de nos camarades communistes, qui nous ont fait l’effet d’un véritable coup de massue : en Seine-Saint-Denis, dans le Val de Marne, dans tous les bastions historiques de la ceinture rouge, des députés sortants communistes ont été dépassés par les candidats socialistes présentés contre eux, comme Jean-Pierre Brard, député du 93 qui s’était brillamment battu contre la réforme des retraites en 2010. Nous avons eu peur un instant en ce qui concernait notre camarade Marie-George Buffet, mais cette députée qui s’est battue pour les droits des femmes ou l’autonomie des jeunessera bien présente au second tour et, nous le pensons, à l’Assemblée Nationale après le 17 juin prochain. Bref, à la fin de la soirée, nous savions que nous avions perdu de nombreux-ses député-e-s, et beaucoup de voix par rapport aux élections présidentielles d’avril dernier.

Nous sommes toujours le recours à gauche

Mais, malgré tout cela, le score du Front de Gauche est une bonne nouvelle. Pourquoi donc ? C’est simple : par rapport au score obtenu par le Parti Communiste Français aux élections législatives de 2007, celui de dimanche est en progression de 61%. En 2007, les communistes atteignaient 4,29% des suffrages exprimés : aujourd’hui, le Front de Gauche obtient 6,94% des voix. C’est donc une nette progression qui confirme ce que nous pensions au soir du premier tour des élections présidentielles. Oui, une nouvelle force est née à gauche. Le Front de Gauche est la deuxième force politique de gauche dans ce pays, devant Europe-Écologie Les Verts qui pourtant se targuait de son accord avec le PS, stratégie que nombre de médiacrates ont pensé qu’elle nous aurait également convenu. Autonomes et conquérants, nous recueillons plus de voix que nombre de candidats écologistes qui avaient mis nombre de leurs convictions au placard pour pouvoir mener la course sous les couleurs du Parti Socialiste.

La carte des résultats le montre aussi : les quelques 1,7 millions de voix qui se sont portés sur les candidats du Front de Gauche au premier tour des élections législatives se répartissent sur l’ensemble du territoire. Le Front de Gauche n’est donc pas une force politique concentrée sur quelques bastions mais un recours à gauche dont les idées progressent dans toute la France. Nous avons vocation à être majoritaires un jour dans ce pays, à appliquer des solutions qui sortent le peuple de l’austérité ordinaire et de l’absence de pain quotidien. Même si, dans la majorité des circonscriptions, le score du Front de Gauche est en recul par rapport à celui de Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle, c’est dans tout le pays que nos idées sont entendues et partagées. Et cela tombe bien, les élections législatives sont une élection nationale.

L’aberration démocratique de la Ve République

… Enfin, une élection qui devrait être nationale. Car si, malgré la progression de 60% du score telle que je l’ai évoquée plus haut, nous perdons des députés, c’est en raison du mode de scrutin. Avec les 6,94% du Front de Gauche, si le scrutin avait été proportionnel comme nous le proposons depuis longtemps, les 1,7 millions d’électeurs qui ont voté pour nos candidats seraient représentés par 40 députés. 40 députés, alors que nous risquons de n’en avoir que dix ! C’est bien l’aberration démocratique de la Ve République dans toute sa splendeur qui se montre ici, la même que nous dénonçons lorsque nous proposons dans notre programme « L’humain d’abord » une VIe République plus démocratique. Parce que la démocratie a besoin de la diversité politique pour vivre, parce qu’elle ne peut se réaliser pleinement que lorsque le peuple est réellement représenté à l’Assemblée. Couplé à l’inversion du calendrier électoral adoptée en même temps que le principe du quinquennat et qui consiste à élire le Président avant les députés, ce mode de scrutin nous a donc été fortement défavorable. Avec comme seul slogan de campagne « Donnons une majorité au changement » (en fait, au Président), le Parti Socialiste fait enregistrer par ses électeurs l’élection de François Hollande, et rien de plus.

Le constat que nous faisons alors est simple : la France est en danger démocratique. Car dimanche, c’est un record d’abstention pour les élections législatives qui a été battu : 42,77% des électeurs ne se sont pas rendus aux urnes. Ce taux extrêmement élevé caractérise bien la présidentialisation du régime, qui fait que les citoyens considèrent qu’une fois le Président élu, leurs députés élus ne seront que des godillots enfermés dans une chambre d’enregistrement – et, au vu du mandat de Nicolas Sarkozy, ils n’ont pas tort. Ce taux d’abstention lui-même nous a été fortement défavorable. Car ce sont les classes populaires qui s’abstiennent, et que le Front de Gauche avait réalisé aux élections présidentielles une forte percée dans les quartiers populaires. L’exemple des quartiers Nord de Marseille est sans appel : la 7e circonscription des Bouches-du-Rhône, dans laquelle Jean-Luc Mélenchon recueillait plus de 18% des suffrages, voit le score du Front de Gauche baisser à 11%, tandis que l’abstention atteint 47% des électeurs inscrits. Les classes populaires ne sont pas allées voter, c’est la démocratie qui en pâtit, ainsi que la gauche radicale que nous incarnons.

À propos du Pas-de-Calais

Après ce rapide tour d’horizon des résultats du Front de Gauche, je voudrais me pencher, l’espace de quelques lignes, sur ce qu’il s’est passé dans la 11e circonscription du Pas-de-Calais, où Jean-Luc Mélenchon était candidat contre Marine Le Pen et le Parti Socialiste local, autrement appelé « Rose Mafia ». Au soir du premier tour, les commentaires politico-médiatiques se sont déchaînés : Mélenchon aurait été « battu sèchement » par Marine Le Pen, il aurait subi une « cuisante défaite », etc. En regardant les résultats d’un peu plus près, on se rend compte que Marine Le Pen mobilise peu ou prou le même nombre de voix qu’au premier tour de la présidentielle, alors que Mélenchon en gagne près de mille. Le candidat socialiste, lui, en perd près de 8 000. La force politique qui a le plus progressé en nombre de voix est donc encore une fois le Front de Gauche, qui montre que ses idées progressent. Mais, encore une fois, l’abstention a joué un mauvais tour, car le même nombre de voix accordées au Front National lui donnent un score de 43% contre 31% aux présidentielles. Alors que Jean-Luc Mélenchon progresse, lui, en termes de score, en passant de 15% à 21,5%. Que ce soit une défaite, certes. Mais il s’agit d’une lutte politique sur le long terme, pas d’une dispute entre collégiens : que les médias arrêtent donc de parler de « ridiculisation » ou d' »humiliation », ce sont des termes qui n’ont aucun sens en politique !

La cité minière de Libercourt

D’autant plus que les mêmes médias oublient complètement de mentionner, dans leurs articles illustrés de photos montrant la mine radieuse de Mme Le Pen, les méthodes employées pendant le Front National pendant cette campagne. Plus un mot sur les faux tracts montrant Mélenchon en Hitler, ou sur les tracts mensongers cherchant à accuser le Front de Gauche d' »immigrationnisme fou ». Si notre défaite relative se transforme en échec cuisant, la campagne de caniveau du Front National se transforme en victoire méritée, et ce sont les propos de Marine Le Pen accusant notre campagne d’être « bruyante et méprisante » qui sont relayés. Vendredi dernier, avec des camarades, j’ai fait dix heures de porte-à-porte dans la cité minière de Libercourt. Dans chaque maison, nous entendions que cela faisait vingt ans que la politique n’était pas venue frapper à leur porte, et l’accueil était des plus chaleureux. Mais bien sûr, aucun média n’ira relayer cette campagne-là. De même que les médias prétendent que le Front National se stabilise au niveau national tandis que le Front de Gauche « plonge », alors que le Front de Gauche perd 2 191 630 voix, et le Front National 2 894 763. C’est fou ce qu’ils peuvent inventer pour nous minorer.

Encore heureux pour nous, malgré tous les coups que nous avons essuyés, nous pensons que ce qui ne tue pas rend plus fort. La bataille politique que nous avons entamé n’en est qu’à ses débuts, et nous avons une réserve de courage assez importante pour lutter inlassablement le combat contre l’extrême-droite. Aujourd’hui, la phrase prononcée par Jean-Luc Mélenchon lors du rassemblement militant de fin de campagne samedi dernier trouve un écho particulier : « On ne mène pas un combat pour gagner, mais parce qu’il est juste de le mener ».

Les chemises noires en embuscade

Piégée !

Aujourd’hui, j’ai donné une interview à un quotidien italien nommé « Rinascita », se réclamant de la gauche nationale. Après vérification, je me suis aperçue qu’il s’agit d’un journal « rouge-brun », qui prétend faire la synthèse entre une gauche de gauche et une droite d’extrême-droite. J’ai demandé expressément à ce que cette interview ne soit pas publiée, et je tiens ici à m’en expliquer.

Nous nous battons constamment contre ceux qui veulent nous assimiler à l’extrême-droite, en utilisant des qualificatifs comme « populistes », et en réduisant nos slogans inspirés des révolutions d’Amérique latine à un « tous pourris » que nous n’avons jamais prononcé. Durant toute notre campagne, nous avons fait la critique radicale du programme du Front National, pour éviter que la flamme fascisante ne brûle notre patrie républicaine en attisant les haines et les divisions au lieu de promouvoir l’unité républicaine et le métissage qui fait de notre pays un creuset universaliste.

Hors de question, alors, que notre parole soit portée dans des journaux dont nous ne partageons pas les opinions, et qu’au contraire nous nous acharnons à combattre, Front contre Front, de manière argumentée.

Contre les chemises noires en embuscade dans toute l’Europe, l’heure est à la résistance.