Marion Le Pen ne représente pas la jeunesse de France

Communiqué de presse du Parti de Gauche

’Cette jeunesse francaise’ n’est pas et ne sera jamais la jeunesse de France.

Au soir du second tour des élections législatives, Marion Maréchal-Le Pen a déclaré être « heureuse d’être la porte-parole de cette jeunesse française ». La nièce de Mme Le Pen a en effet été élue dans la 3e circonscription du Vaucluse, département qui selon l’INSEE est en pleine « révolution grise », avec une population en moyenne moins jeune que sur l’ensemble du territoire.

Au meeting de la porte de Versailles, 19 avril 2012

De quelle jeunesse la toute nouvelle benjamine de l’Assemblée Nationale nous parle-t-elle ? Nous n’oublions pas que le premier comportement électoral de la jeunesse en France est tout simplement l’abstention, ce qui en fait une génération en péril démocratique. La cadette des Le Pen ne représente que sa propre vision de la « jeunesse française » et les électeurs du Vaucluse qui choisirent dimanche de donner leur voix à une héritière de la dynastie Le Pen.

Cette déclaration est donc un mensonge, d’autant plus que le programme que défendra cette députée n’offre aucun avenir aux jeunes. Alors que la jeunesse de France est plongée dans la précarité dont elle est la première victime, le Front National aspire à aggraver cette situation en proposant le recours à l’apprentissage dès 14 ans et en refusant toute augmentation de budget pour l’Éducation nationale ou l’Enseignement supérieur. Marion Maréchal Le Pen ne représente que les valeurs conservatrices et racistes de son parti, pas la jeunesse de France, sa diversité et ses espoirs.

Ce sont au contraire les députés du Front de Gauche qui défendront à l’Assemblée Nationale des politiques sociales en direction de la jeunesse, comme ils l’ont déjà fait en proposant en décembre dernier une loi pour l’émancipation et l’autonomie des jeunes. Scolarisée, professionnelle ou précarisée, la jeunesse de France ne pourra jamais se reconnaitre dans le parti du passé, le parti de la haine, le parti des dynastes, le parti de la ségrégation.

C’est à nous, jeunes militant-e-s du Parti de Gauche et du Front de Gauche de redonner envie et espoir aux jeunesses de France, contre « cette jeunesse française » et son parti, pour donner toute leur place aux jeunes dans la vie politique, dans leurs diversités et leur totalité.

Maëlle Dubois, pour le Réseau Jeunes du Parti de Gauche

Sur le site du Parti de Gauche

Ce n’est qu’un premier tour

Voilà maintenant un peu plus de vingt-quatre heures que les résultats officiels du premier tour des élections législatives sont tombés. Me voilà donc de retour sur mon blog, après une campagne pour les élections législatives haute en couleurs, riche en émotions mais aussi dure à bien des égards. Pour mettre ses idées au clair, rien de mieux que d’écrire : voilà ce que je fais, pour remettre un peu d’ordre dans tout ça.

Un bon coup sur la tête

Inutile de mentir : dimanche soir, comme beaucoup de mes camarades (enfin, j’imagine), j’ai pris un bon coup sur la tête. Je n’irai pas jusqu’à parler de douche froide – je m’en expliquerai plus tard – mais le coup a été rude. J’étais à Hénin-Beaumont, dans la 11e circonscription du Pas-de-Calais, et tous les résultats tombaient, les uns après les autres. Tout d’abord les résultats qui concernaient la campagne que nous avons mené sur cette circonscription : celle de Jean-Luc Mélenchon, qui malgré notre lutte acharnée n’a pas pu atteindre le second tour pour affronter le diable de confort fasciste qui verrouille tout le système électoral, j’ai nommé Mme Le Pen. Ce résultat a bien sûr été dur pour beaucoup d’entre nous, compte tenu du faible écart de voix entre le candidat arrivé en deuxième position, le maire de Carvin, M. Kemel.

Ce sont ensuite tous les autres résultats qui nous sont parvenus. Ceux de nos camarades du Parti de Gauche, comme Martine Billard, députée sortante et exemplaire à l’Assemblée, qui est arrivée en troisième position dans la 5e circonscription de Paris, derrière même Benjamin Lancar, président des Jeunes Populaires qui comparait la campagne de Nicolas Sarkozy à un rail de coke. Mais bien sur aussi les résultats de nos camarades communistes, qui nous ont fait l’effet d’un véritable coup de massue : en Seine-Saint-Denis, dans le Val de Marne, dans tous les bastions historiques de la ceinture rouge, des députés sortants communistes ont été dépassés par les candidats socialistes présentés contre eux, comme Jean-Pierre Brard, député du 93 qui s’était brillamment battu contre la réforme des retraites en 2010. Nous avons eu peur un instant en ce qui concernait notre camarade Marie-George Buffet, mais cette députée qui s’est battue pour les droits des femmes ou l’autonomie des jeunessera bien présente au second tour et, nous le pensons, à l’Assemblée Nationale après le 17 juin prochain. Bref, à la fin de la soirée, nous savions que nous avions perdu de nombreux-ses député-e-s, et beaucoup de voix par rapport aux élections présidentielles d’avril dernier.

Nous sommes toujours le recours à gauche

Mais, malgré tout cela, le score du Front de Gauche est une bonne nouvelle. Pourquoi donc ? C’est simple : par rapport au score obtenu par le Parti Communiste Français aux élections législatives de 2007, celui de dimanche est en progression de 61%. En 2007, les communistes atteignaient 4,29% des suffrages exprimés : aujourd’hui, le Front de Gauche obtient 6,94% des voix. C’est donc une nette progression qui confirme ce que nous pensions au soir du premier tour des élections présidentielles. Oui, une nouvelle force est née à gauche. Le Front de Gauche est la deuxième force politique de gauche dans ce pays, devant Europe-Écologie Les Verts qui pourtant se targuait de son accord avec le PS, stratégie que nombre de médiacrates ont pensé qu’elle nous aurait également convenu. Autonomes et conquérants, nous recueillons plus de voix que nombre de candidats écologistes qui avaient mis nombre de leurs convictions au placard pour pouvoir mener la course sous les couleurs du Parti Socialiste.

La carte des résultats le montre aussi : les quelques 1,7 millions de voix qui se sont portés sur les candidats du Front de Gauche au premier tour des élections législatives se répartissent sur l’ensemble du territoire. Le Front de Gauche n’est donc pas une force politique concentrée sur quelques bastions mais un recours à gauche dont les idées progressent dans toute la France. Nous avons vocation à être majoritaires un jour dans ce pays, à appliquer des solutions qui sortent le peuple de l’austérité ordinaire et de l’absence de pain quotidien. Même si, dans la majorité des circonscriptions, le score du Front de Gauche est en recul par rapport à celui de Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle, c’est dans tout le pays que nos idées sont entendues et partagées. Et cela tombe bien, les élections législatives sont une élection nationale.

L’aberration démocratique de la Ve République

… Enfin, une élection qui devrait être nationale. Car si, malgré la progression de 60% du score telle que je l’ai évoquée plus haut, nous perdons des députés, c’est en raison du mode de scrutin. Avec les 6,94% du Front de Gauche, si le scrutin avait été proportionnel comme nous le proposons depuis longtemps, les 1,7 millions d’électeurs qui ont voté pour nos candidats seraient représentés par 40 députés. 40 députés, alors que nous risquons de n’en avoir que dix ! C’est bien l’aberration démocratique de la Ve République dans toute sa splendeur qui se montre ici, la même que nous dénonçons lorsque nous proposons dans notre programme « L’humain d’abord » une VIe République plus démocratique. Parce que la démocratie a besoin de la diversité politique pour vivre, parce qu’elle ne peut se réaliser pleinement que lorsque le peuple est réellement représenté à l’Assemblée. Couplé à l’inversion du calendrier électoral adoptée en même temps que le principe du quinquennat et qui consiste à élire le Président avant les députés, ce mode de scrutin nous a donc été fortement défavorable. Avec comme seul slogan de campagne « Donnons une majorité au changement » (en fait, au Président), le Parti Socialiste fait enregistrer par ses électeurs l’élection de François Hollande, et rien de plus.

Le constat que nous faisons alors est simple : la France est en danger démocratique. Car dimanche, c’est un record d’abstention pour les élections législatives qui a été battu : 42,77% des électeurs ne se sont pas rendus aux urnes. Ce taux extrêmement élevé caractérise bien la présidentialisation du régime, qui fait que les citoyens considèrent qu’une fois le Président élu, leurs députés élus ne seront que des godillots enfermés dans une chambre d’enregistrement – et, au vu du mandat de Nicolas Sarkozy, ils n’ont pas tort. Ce taux d’abstention lui-même nous a été fortement défavorable. Car ce sont les classes populaires qui s’abstiennent, et que le Front de Gauche avait réalisé aux élections présidentielles une forte percée dans les quartiers populaires. L’exemple des quartiers Nord de Marseille est sans appel : la 7e circonscription des Bouches-du-Rhône, dans laquelle Jean-Luc Mélenchon recueillait plus de 18% des suffrages, voit le score du Front de Gauche baisser à 11%, tandis que l’abstention atteint 47% des électeurs inscrits. Les classes populaires ne sont pas allées voter, c’est la démocratie qui en pâtit, ainsi que la gauche radicale que nous incarnons.

À propos du Pas-de-Calais

Après ce rapide tour d’horizon des résultats du Front de Gauche, je voudrais me pencher, l’espace de quelques lignes, sur ce qu’il s’est passé dans la 11e circonscription du Pas-de-Calais, où Jean-Luc Mélenchon était candidat contre Marine Le Pen et le Parti Socialiste local, autrement appelé « Rose Mafia ». Au soir du premier tour, les commentaires politico-médiatiques se sont déchaînés : Mélenchon aurait été « battu sèchement » par Marine Le Pen, il aurait subi une « cuisante défaite », etc. En regardant les résultats d’un peu plus près, on se rend compte que Marine Le Pen mobilise peu ou prou le même nombre de voix qu’au premier tour de la présidentielle, alors que Mélenchon en gagne près de mille. Le candidat socialiste, lui, en perd près de 8 000. La force politique qui a le plus progressé en nombre de voix est donc encore une fois le Front de Gauche, qui montre que ses idées progressent. Mais, encore une fois, l’abstention a joué un mauvais tour, car le même nombre de voix accordées au Front National lui donnent un score de 43% contre 31% aux présidentielles. Alors que Jean-Luc Mélenchon progresse, lui, en termes de score, en passant de 15% à 21,5%. Que ce soit une défaite, certes. Mais il s’agit d’une lutte politique sur le long terme, pas d’une dispute entre collégiens : que les médias arrêtent donc de parler de « ridiculisation » ou d' »humiliation », ce sont des termes qui n’ont aucun sens en politique !

La cité minière de Libercourt

D’autant plus que les mêmes médias oublient complètement de mentionner, dans leurs articles illustrés de photos montrant la mine radieuse de Mme Le Pen, les méthodes employées pendant le Front National pendant cette campagne. Plus un mot sur les faux tracts montrant Mélenchon en Hitler, ou sur les tracts mensongers cherchant à accuser le Front de Gauche d' »immigrationnisme fou ». Si notre défaite relative se transforme en échec cuisant, la campagne de caniveau du Front National se transforme en victoire méritée, et ce sont les propos de Marine Le Pen accusant notre campagne d’être « bruyante et méprisante » qui sont relayés. Vendredi dernier, avec des camarades, j’ai fait dix heures de porte-à-porte dans la cité minière de Libercourt. Dans chaque maison, nous entendions que cela faisait vingt ans que la politique n’était pas venue frapper à leur porte, et l’accueil était des plus chaleureux. Mais bien sûr, aucun média n’ira relayer cette campagne-là. De même que les médias prétendent que le Front National se stabilise au niveau national tandis que le Front de Gauche « plonge », alors que le Front de Gauche perd 2 191 630 voix, et le Front National 2 894 763. C’est fou ce qu’ils peuvent inventer pour nous minorer.

Encore heureux pour nous, malgré tous les coups que nous avons essuyés, nous pensons que ce qui ne tue pas rend plus fort. La bataille politique que nous avons entamé n’en est qu’à ses débuts, et nous avons une réserve de courage assez importante pour lutter inlassablement le combat contre l’extrême-droite. Aujourd’hui, la phrase prononcée par Jean-Luc Mélenchon lors du rassemblement militant de fin de campagne samedi dernier trouve un écho particulier : « On ne mène pas un combat pour gagner, mais parce qu’il est juste de le mener ».

Les chemises noires en embuscade

Piégée !

Aujourd’hui, j’ai donné une interview à un quotidien italien nommé « Rinascita », se réclamant de la gauche nationale. Après vérification, je me suis aperçue qu’il s’agit d’un journal « rouge-brun », qui prétend faire la synthèse entre une gauche de gauche et une droite d’extrême-droite. J’ai demandé expressément à ce que cette interview ne soit pas publiée, et je tiens ici à m’en expliquer.

Nous nous battons constamment contre ceux qui veulent nous assimiler à l’extrême-droite, en utilisant des qualificatifs comme « populistes », et en réduisant nos slogans inspirés des révolutions d’Amérique latine à un « tous pourris » que nous n’avons jamais prononcé. Durant toute notre campagne, nous avons fait la critique radicale du programme du Front National, pour éviter que la flamme fascisante ne brûle notre patrie républicaine en attisant les haines et les divisions au lieu de promouvoir l’unité républicaine et le métissage qui fait de notre pays un creuset universaliste.

Hors de question, alors, que notre parole soit portée dans des journaux dont nous ne partageons pas les opinions, et qu’au contraire nous nous acharnons à combattre, Front contre Front, de manière argumentée.

Contre les chemises noires en embuscade dans toute l’Europe, l’heure est à la résistance.

« La jeunesse emmerde le Front National « 

Le stand des jeunes du PG au meetind #jeudirouge du 19 avril

Hier au meeting Jeudi Rouge du parc des Expositions à Paris, une petite affiche suspendue au-dessus du stand des jeunes du Parti de Gauche a déclenché une avalanche de sourires et de poings levés. Nous y avions écrit, en lettres rouges et noires « La jeunesse emmerde le Front National ». La citation de la chanson « Porcherie » des Béruriers Noirs, que nous avions déjà scandé en choeur en 2002, doit être le mot d’ordre de la jeunesse ce dimanche, dans les urnes et place Stalingrad. Pourquoi ? Parce que nous refusons les affirmations des médiacrates bien-pensants qui, pour faire peur, publient à l’envi des sondages selon lesquels les jeunes voteraient majoritairement pour Le Pen. Le Monde a d’ailleurs du se coiffer d’un bonnet d’âneaprès avoir publié un sondage du CSA, qui faisait plus office d’intox que d’info.

Les jeunes ne votent pas Le Pen, ils s’abstiennent

C’est un classique des instituts de sondages et autres commentateurs politiques, qui inventent des chiffres et une opinion publique avant de leur faire dire ce qu’ils veulent. Souvenez-vous il y a deux mois, la grande mode des faiseurs d’opinion était de marteler à qui pouvait le lire ou l’entendre que les ouvriers votaient pour le parti d’extrême droite. Fidèle à l’antienne de la bonne société, « classe laborieuse, classe dangereuse », les commentaires se sont acharnés, pleins de mépris de classe, à l’encontre des ouvriers et des ouvrières dont on ne parle autrement jamais dans les médias. À l’appui de quelques chiffres considérés comme la vérité révélée, les voilà qui nous ont servi pendant plusieurs semaines du « Madame Le Pen séduit les ouvriers », du « Le Front National en tête chez les ouvriers », ou encore du « Les ouvriers votent majoritairement pour le parti d’extrême-droite », sous-entendant, au choix, soit que Marine Le Pen répondait aux angoisses de la classe ouvrière, soit que cette dernière était une classe obsédée par la viande hallal sans se préoccuper de l’insécurité sociale. Il nous a fallu une bonne campagne de désintoxication pour montrer tout ce que ces propos comportaient d’affabulations voire de mensonges éhontés. La classe ouvrière, se portant majoritairement vers le FN ? Faux ! Le premier comportement électoral des ouvriers, et ce depuis bien des scrutins, est l’abstention. Pour la simple et bonne raison que, hormis lorsqu’il s’agit de les présenter en temps d’élection comme partisans du fascisme, ils ne sont jamais représentés, ils sont invisibles, dans les médias comme dans les discours politiques. Or lorsqu’une partie de la société se sent exclue de tout ce qui donne représentation, ils ne participent plus aux élections car ils considèrent que cela ne les concerne pas.

TINA : There Is No Alternative ... ?     Il en va de même pour les jeunes. Et cette jeunesse, voilà que les sondeurs et les commentateurs nous la montrent comme attirée elle aussi en grande partie par le vote d’extrême-droite. Les articles se multiplient dans la presse, des reportages sur des jeunes qui dénoncent « l’avortement de confort » ou des analyses des derniers sondages qui concluent que Marine Le Pen serait en tête des intentions de vote chez les jeunes. C’est encore une fois la même absurdité que l’on nous sert ! Le premier comportement électoral des 18-25 ans, c’est encore une fois l’abstention. Et encore une fois parce que, à force de nous répéter le fameux « Il n’y a pas d’alternative » depuis notre plus tendre enfance, les dirigeants politiques ont fait comprendre à la jeunesse que la participation électorale ne servait pas à grand chose vu qu’un gouvernement était de toute façon pieds et poings liés à la volonté des banques, aux logiques de rigueur et d’austérité. Nous sommes nés au moment où le dogme néolibéral de Reagan et de Thatcher s’ancrait peu à peu dans la vie politique : pas étonnant que beaucoup d’entre nous pensent que la politique ne peut pas changer les choses si ce que répètent les dirigeants politiques, c’est justement qu’« il n’y a pas d’alternative », alors que le système s’effondre de toutes parts. Quitte à verser des larmes de crocodile sur l’abstention massive chez les jeunes, arguant de leur bonne foi et de leur inquiétude quant à la situation de la jeunesse.

Une génération sacrifiée et révoltée

Car ce n’est pas un hasard si l’on parle souvent de génération sacrifiée : aujourd’hui, pour la première fois, les jeunes peuvent s’attendre à vivre moins bien que leurs parents. On peut donner plusieurs noms à cette génération, qui montrent tous la réalité de la jeunesse d’aujourd’hui. La génération précaire, tout d’abord, car c’est celle qui subit de plein fouet le chômage et la multiplication de contrats précaires qui interdisent une projection dans l’avenir, le bien le plus précieux de la jeunesse car c’est elle qui le construit. La génération Tanguy aussi : alors qu’en 1975 seuls 35% des jeunes vivaient encore chez leurs parents, ils sont aujourd’hui 65%, et le chiffre monte à 81% lorsqu’il s’agit des non-diplômés. La génération à poil, celle dont un quart ont déjà renoncé à des soins de santé pour des raisons financières, et dont 13% ne sont pas couverts par une mutuelle. Bref, une génération exploitée, qui voit la précarité s’immiscer dans tous les recoins de la vie, poussant le bouchon toujours un peu plus loin. Donc oui, de quoi s’inquiéter sur la situation de la jeunesse. De quoi se révolter, se mobiliser.

Manifestation contre le CPE, printemps 2006

Détruisons alors ici une première fausse idée : les jeunes ne sont pas démobilisés, ils ne se désintéressent pas de la politique dans son sens premier, à savoir la vie de la cité, et donc la vie des citoyens et des citoyennes. La preuve en est que la jeunesse est à l’avant-garde de tous les mouvements sociaux. Que toutes les explosions de colère des dix dernières années, qu’elles prennent la forme de grèves étudiantes et de manifestations de rue ou de voitures qui brûlent dans les banlieues où le sentiment d’abandon prend le pas sur le reste, sont toutes du fait de la jeunesse et ont toutes été soit à l’initiative des jeunes comme le CPE, soit pérennisées par l’entrée dans la lutte des jeunes, comme le mouvement des retraites de l’automne 2010. Et c’est logique, si la politique ne semble plus pouvoir apporter de solution autre que « Profite et tais-toi » pour ceux qui sont bien nés ou « Il va falloir serrer la ceinture » pour ceux qui n’ont pas eu la même chance. C’est logique de l’ouvrir quand même, et d’essayer de se faire entendre. C’est logique de se battre pour ce pour quoi on peut se battre : le droit à une éducation de qualité pendant le mouvement contre la réforme LRU d’« autonomie » des universités, le droit à l’emploi comme tout le monde et pas à des ersatz de contrats de travail pendant le CPE, le droit à se projeter dans un avenir où il ne s’agit pas de trimer jusqu’à 67 ans.

Construire une France de l’avenir

La jeune génération française n’est pas repliée sur elle-même et attachée à des valeurs réactionnaires et à un ordre social établi. La jeune génération défend le droit à l’avortement, elle refuse le rétablissement de la peine de mort. C’est une

génération plurielle, diverse, métissée, elle a été élevée au milieu de tous, elle forge la France de la diversité. À l’école, nous avons grandi en nous mélangeant, et nous en avons été grandis. Comment le programme réactionnaire du Front National pourrait faire figure de sauveur, alors qu’il incarne tout ce que la jeunesse rejette ? Surtout quand ce même programme ne répond en rien à la précarité qui frappe la jeunesse. Pas d’augmentation des salaires, une hausse des cotisations y compris chez les plus pauvres, une réduction drastique des dépenses publiques qui ne mène à rien si ce n’est à une destruction dans le chaos des services public… y compris l’école, que Mme Le Pen veut renvoyer vers le privé avec son fameux « chèque éducation ».

Sur les plages du Prado à Marseille, 14 avril. Photo de Stéphane Burlot

Encore une fois, le but du Front de Gauche est de convaincre cette population qui ne croit plus à grand chose. Les abstentionnistes font partie de notre famille politique, ce peuple oppressé qui ne parvient qu’avec peine à sortir la tête de l’eau. Nous sommes le cri du peuple, des ouvriers et aussi, bien entendu, des jeunes. Nous pouvons faire de cette élection une insurrection civique, en construisant l’avenir, en construisant laFrance de demain. Comment pouvons-nous le faire sans ceux qui doivent la construire, les jeunes d’aujourd’hui ? La France de demain n’est pas la France de la haine, du racisme, du repli identitaire et d’autres sornettes qui mettent un poignard dans le cœur républicain de notre patrie. La France de demain est ouverte, elle est belle et rebelle, comme la jeunesse. Et elle crie bien fort, contre ceux qui veulent la repeindre en jeunesse fascisante, en jeunesse de la peur et de l’exclusion : « La jeunesse emmerde le Front National » !

Parisot-la-terreur

La petite phrase de la patronne du MEDEF a fait le tour des médias et des réseaux sociaux : « Il y a aussi des phases dans les révolutions qui sont terribles. Je trouve que Mélenchon est beaucoup plus l’héritier d’une forme de Terreur que l’héritier des plus belles valeurs de la Révolution ». Au-delà du sens politique de cette phrase, et plus largement des autres propos tenus par Mme Parisot, sur lequel je reviendrai dans une prochaine note, je voulais réagir rapidement sur un autre aspect de cette phrase. Un aspect qui n’est pas nouveau dans les discours des dirigeants politiques ou des oligarques de tout poil, mais un aspect qui me révolte d’autant plus qu’il s’agit ici de la Révolution française : l’instrumentalisation et la distorsion de l’histoire.

Depuis quelques années, la droite est devenue championne de ce genre de raccourcis éhontés et d’instrumentalisations dangereuses. On se souvient de Nicolas Sarkozy se réclamant de Jean Jaurès, on se souvient du discours de Dakar qui proclamait que « l’homme africain n’est pas encore entré dans l’histoire », on se souvient de la lecture obligatoire de la lettre de Guy Môquet, et plus récemment encore, du Président de la République invoquant devant les Jeunes Populaires les valeurs de la résistance. Sans dans aucun cas se soucier de la distorsion qu’impliquent ces références et ces conceptions : ainsi, la lettre de Guy Môquet était utilisée pour son pathos alors que les nouveaux programmes d’histoire réduisaient à trois heures l’étude du nazisme en tant que système politique, et les acquis du Conseil National de Résistance semblent avoir disparu des « les valeurs de la résistance ». L’histoire est devenue un argument politique comme un autre, un argument d’autorité le plus souvent, au mépris de la discipline historique et de l’esprit critique citoyen : notre Président pioche ici et là dans l’histoire ce qu’il pense pouvoir utiliser à son avantage, et construit un roman national en concordance avec sa nauséabonde « identité nationale », comme le montre le Comité de Vigilance face aux Usages publics de l’Histoire. Dans ce roman national, la Révolution française se retrouve réduite, quand elle est évoquée, à la simple année 1789 où, rappelons-le, la monarchie existait encore. 1792 et l’avènement de la République ? Le Président n’en souffle mot. Et pour cause.

La phrase de Mme Parisot n’arrive donc pas comme un cheveu sur la soupe : elle fait partie d’une longue entreprise de découpage de la Révolution française pour n’en garder que les « bons » morceaux, attribuant à la gauche les « dérapages » de la Terreur tout en s’attribuant arbitrairement les « plus belles valeurs de la Révolution ». Entreprise de déconstruction de l’histoire de la Révolution française entamée depuis les années 1970 et qui ont connu leurs plus belles heures lors du bicentenaire de 1989, et dont le chef de file est le révisionniste François Furet. Loin de moi l’idée de reconstruire en un article tous les mensonges accumulés depuis si longtemps, mais la phrase de Mme Parisot nous oblige à rappeler quelques réalités.

Non, la Terreur ne fut pas telle qu’on la décrit aujourd’hui. Elle ne fut pas une période de pure violence dégénérée, causée par un peuple guidé aveuglément par des sans-culottes sanguinaires. La Terreur ne désigne pas un phénomène de violence, elle désigne un régime d’exception mis à l’ordre du jour afin de canaliser la violence populaire et de répondre à la violence extérieure. Régime tout d’abord : peu le savent, mais la Terreur fut inscrite à l’ordre du jour. Les députés de la Convention Nationale élue par le peuple au suffrage universel mirent la Terreur à l’ordre du jour. Il s’agit donc d’une décision officielle. Régime d’exception, ensuite : le mot fait peur. Car il vient avec son lot d’institutions d’exception : le Tribunal révolutionnaire, les comités de surveillance, le Comité de Salut Public. Mais un régime d’exception ne se proclame pas pour satisfaire les ambitions ou la soif de sang de certains députés. La Terreur fut mise à l’ordre du jour à une époque où la France était attaquée de toute part : sur les frontières extérieures, avec la guerre contre les monarchies européennes, et à l’intérieur même avec la guerre de Vendée. Dans ces circonstances, la violence nue et la vengeance personnelle étaient devenues courantes. En témoignent les massacres de septembre 1792 provoquée par une vague de paranoïa parisienne, ou encore les guerres politiques de l’été 1793 qui dans toute la France virent ou les sans-culottes ou les modérés passés à la guillotine par le camp adverse. La mise à l’ordre du jour de la Terreur en septembre 1793 répond à cette situation, et permet de canaliser cette violence en la faisant passer par des moyens légaux. Loin d’encourager une violence dégénérée et d’en être l’incarnation, la Terreur est donc une tentative de limitation de celle-ci. Reste que, la paranoïa anti-émigrés, anti-aristocrates, anti-agioteurs, anti-accapareurs, s’empara également des institutions d’exception, conduisant au printemps 1794 à une vague d’exécutions. Saint Just lui-même, pourtant membre du Comité de Salut Public qui orchestrait la politique de la Terreur, s’en inquiétait au printemps de la grande Terreur en déclarant que « l’âme de la Révolution » était « glacée ». Mais la Terreur ne se résume pas à une violence populaire débridée: j’espère en avoir ici expliqué très (et peut-être trop les raisons). Elle a permis, y compris par des moyens que nous pouvons que dénoncer dans notre conception actuelle de la démocratie, de sauver la République française qui était en danger. D’autant plus que la Terreur est aussi une période de renforcement des droits sociaux et humains, avec l’établissement d’un prix maximum du grain ou encore de projets d’éducation nationale.

Mme Parisot, en prononçant sa petite phrase, n’a pas réfléchi à la portée historique de ses propos. Elle s’est contentée de relayer des poncifs injustifiés et récupérés par tous les dirigeants politiques réactionnaires depuis des années. Il n’est pas possible de découper la Révolution: comme le disait Clemenceau, il faut la prendre en bloc. Il s’agit d’un phénomène historique complexe et multiple, mais il s’agit d‘une dynamique révolutionnaire et pas d’un livre à chapitres indépendants. Il est scandaleux de voir le pouvoir politique et les dirigeants économiques s’attribuer le droit de juger et de produire des discours officiels sur la Révolution, méprisant l’étude historique critique. Un seul constat, affligeant, à tirer de la sortie de Mme Parisot: l’instrumentalisation de l’histoire, c’est vraiment terrible.

Aux gosses du 21 avril

Orphelins, sacrifiés, désillusionnés, désabusés, dépolitisés … Les adjectifs ne manquent pas pour nous qualifier. Nous, qui ? Les enfants du 21 avril 2002. Ceux qui, comme moi, à peine entrés dans l’adolescence et au collège,qui parfois avaient la chance de pouvoir écouter d’une oreille furtive des discussions politiques, ont appris un beau jour de printemps que les Français avaient porté l’extrême droite au second tour de l’élection la plus importante de notre pays.

Le traumatisme fut terrible, comme pour beaucoup. Élevés depuis nos premières années d’école primaire dans le respect des principes républicains, dans l’amour de la patrie et de tous ses principes fondateurs compris dans la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, dans la glorieuse histoire de nos révolutions et nos batailles pour la liberté, dans le respect de l’humain parce qu’il est humain et dans la fraternité, élevés selon trois mots qui sont gravés sur le fronton des bâtiments dont nous passions la porte cinq jours par semaine… Nous étions comme trahis, au moins déçus. Car, même quand on avait eu dix ans en l’an 2000, on savait ce que c’est que le Front National. Si on ne savait rien de l’OAS, de l’Algérie française, d’Ordre Nouveau, des Arabes jetés dans la Seine en 1995 ou des sorties négationnistes du père Le Pen, on savait que pour ces gens-là, nos camarades de classe qui n’avaient pas la même couleur de peau n’avaient rien à voir avec la France. Et ça, quand on partage tant de choses avec nos camarades de classe, c’est insupportable à entendre. On savait que le Front National était raciste, et sans le savoir on sentait que le racisme, c’est l’antithèse de la liberté, de l’égalité, de la fraternité, bref de la République.

Mon premier souvenir politique

Manifestation contre le Front National le 1er mai 2002

Certes, j’appartiens à la « génération CPE ». Cette génération de militants qui ont fait leurs armes au printemps 2006 en bloquant les lycées y pour organiser des prises de parole de lycéens et de profs jugés sur des chaises, en criant dans des mégaphones entre République et Nation, en brandissant des pancartes où l’on écrivait des slogans marrants, du genre « CPE, Contrat Poubelle Exploitation », parfois même en se faisant courser par des CRS aux alentours de la place de la Nation. Mais la première manifestation où je suis allée en toute conscience de cause, c’est la manifestation du 1er mai 2002. C’était une sensation que je connaissais pour la première fois, cette rage qui fait bouillir le sang et pousser la voix, ce premier sentiment d’injustice – politique – comme celui que décrit Rousseau dans ses Confessions. Parmi le demi-million de parisiens qui battaient le pavé, ce jour-là, je suis allée exprimer tout ce que j’avais au fond de moi-même dans la rue. J’ai crié « Première, deuxième, troisième génération, nous sommes tous des enfants d’immigrés » et – l’insulte n’en déplaise à mes parents – « La jeunesse emmerde le Front National ». J’ai vu les centaines d’exemplaires de Libération ou de L’humanité brandis par des femmes et des hommes, avec cette unique inscription en Une : « NON », en gros, en gras, sur la face de Le Pen. C’est mon premier souvenir politique.

Et nous sommes nombreux, dans les rangs de la jeunesse, à dater notre prise de conscience politique de ce 21 avril 2002. Tout un peuple républicain a été frappé d’horreur à l’idée qu’un homme qui avait le sang de prisonniers algériens sur les mains puisse se retrouver à cette place. Toute une génération s’est retrouvée face à face avec ce qui pouvait paraître impossible, impensable, insupportable. Et a voulu éviter que cela ne se reproduise. Cinq ans après, lors des élections présidentielles suivantes, d’étranges confusions ont été faites. Ce qui aurait été traumatisant, ce n’était pas la présence d’un fasciste au second tour de l’élection suprême en France, mais l’absence du Parti Socialiste et, plus largement, de la gauche. Absurde ! Ce n’était pas la première fois en France que la gauche n’était pas présente au second tour ! Déjà en 1969, c’était contre un candidat de centre-droit que George Pompidou avait remporté le scrutin. On en garde pas un traumatisme sans précédent Autre distorsion ? « Il y avait trop de candidats ! ». Sans renier que le nombre de candidats participe à l’éparpillement des voix, force est de constater qu’il s’agit encore d’une absurdité : en 1965, François Mitterrand s’était présenté à l’élection en tant que « candidat unique » de la gauche. Parvenu au second tour, il avait quand même été battu par le président sortant, le général de Gaulle. Le fameux « vote utile » brandi en 2007 et à nouveau aujourd’hui, en 2012, repose sur une analyse distordue de l’élection de 2002, mettant toute la faute sur le dos des autres candidats sans se remettre en question.

L’histoire ne s’arrête pas à l’orée du millénaire

Mais l’argument choc du vote utile, c’est « tirer les leçons de l’histoire ». Se souvenir que, la dernière fois que le Parti Socialiste n’a pas recueilli assez de voix, le Front National est parvenu au second tour de l’élection présidentielle. En tant qu’historienne (en formation), je bondis. L’histoire ne s’arrête pas à l’orée du millénaire ! Tirons donc, s’il le faut, les leçons de l’histoire, et revenons au 6 février 1934. Ce jour-là, la République fut réellement menacée par les ligues fascistes. En marchant sur le Palais Bourbon où se concentrait la souveraineté du peuple français déléguée à ses représentants, l’extrême droite marchait sur la République, sur ses représentants, sur le peuple. Elle envoyait un signal clair : comme dans tant de pays en Europe, le fascisme était là, aux aguets, faisant planer le spectre de la prise de pouvoir. En prenant des pincettes en en y mettant la dose de nuances nécessaires, souvenons-en nous aujourd’hui. En Hongrie, la droite conservatrice de Viktor Orban prend les droits sociaux et les libertés démocratiques à la gorge, faisant sauter de joie l’extrême droite. Aux Pays-Bas, les nationalistes xénophobes fait son petit bonhomme de chemin au Parlement. Et en Italie, la Ligue du Nord s’est largement ancrée dans le paysage politique tandis que des milices font revivre le souvenir des chemises noires.

Manifestation du Front Populaire en 1936 : la Une du magazine "Regards"

Face à cette sortie des fascistes, la réaction de la gauche fut salvatrice. Quand l’extrême-droite menace la République, il faut la combattre de front, ne pas prendre peur et se cacher sous des chaises, ne pas lui laisser le loisir de s’avancer sur le terrain, il faut reprendre ce terrain ville par ville, maison par maison. C’est ce que fit le Front Populaire. Contre la menace fasciste, les forces politiques progressistes proposèrent une conception alternative de la société. Même le Parti radical, qui n’était pas vraiment composé de gauchistes invétérés, entendait lutter contre les « 200 familles » – qui, soyons francs, n’ont pas disparu aujourd’hui – et vota les lois de juin 1936 pour la semaine de 40 heures ou pour les congés payés. Le Front Populaire était le Front du peuple, celui des travailleurs. Il ne se demandait pas comment rassurer les spéculateurs de 1929, mais comment assurer « le pain, la paix, la liberté » au peuple français et, par-delà les frontières, aux peuples européens. La preuve que c’est quand la gauche se bat pour ce dont le peuple a besoin qu’elle devient réellement utile pour lutter contre le fascisme rampant.

Retrouver l’identité de la gauche

La gauche doit tirer les leçons de cette histoire-là. Brandir l’argument du vote utile, c’est renoncer à se battre réellement contre la progression de l’extrême-droite. Aujourd’hui, quand Marine Le Pen prétend montrer sa force dans les sondages, il ne faut pas utiliser cet argument en criant au loup : « Au secours, elle progresse ! Votez pour nous, sinon on se retrouvera en 2002 ! ». Au contraire, il faut combattre la force politique et combattant ses idées. Le Front National prétend défendre le peuple ? Il faut rappeler qu’il n’a pas défendu la retraite à soixante ans à l’automne 2010. Le Front National prétend donner le choix aux femmes ? Il faut rappeler qu’il se positionne pour un déremboursement de l’avortement. Le Front National prétend renforcer les services publics ? Il faut rappeler qu’il est en faveur d’un « chèque éducation » qui favoriserait largement l’enseignement privé. Le Front National prétend être du côté de la laïcité ? Il faut montrer que, bien au contraire, il utilise ce principe républicain pour masquer son islamophobie patente et nauséabonde. Il faut combattre sur le terrain, ne pas regarder de loin et prendre peur. Il faut affirmer que la vraie gauche, elle, mettra les fascistes au trou et redonnera au peuple le pain, la paix et la liberté.

Le meeting du Front de Gauche à Lille le 27 mars 2012. Photo de Michel Soudais

Le Front de Gauche est cette identité retrouvée de la gauche. Nous sommes la gauche du progrès social, des services publics, de l’émancipation, des libertés démocratiques, de la laïcité, la gauche des travailleurs. Comme le disait notre candidat le 18 mars à la Bastille: « Nous sommes le cri du peuple » », et comme il le disait à Lille mardi dernier, nous sommes le Front du peuple. Un exemple parmi d’autres que la vraie gauche se trouve au Front de Gauche? L’augmentation des salaires. Ce combat, cette proposition fait partie de l’ADN de la gauche : en 1936 comme en 1981, les salaires ont été augmentés. Eh bien, cette proposition, on ne la trouve qu’au Front de Gauche. La gauche porte en elle le traumatisme du 21 avril 2002, certes, et notre génération d’autant plus que c’est un de nos premiers souvenirs politiques. Pour éviter à tout prix que tout cela ne se reproduise, la gauche doit être une gauche de combat, une gauche qui a retrouvé son identité et qui est à nouveau fière d’elle-même. Le programme de cette gauche qui se range aux côtés du peuple, c’est « L’humain d’abord ». La gauche de combat qui fait reculer l’extrême-droite et le Front National et permet d’éviter qu’il ne se retrouve une nouvelle fois parmi les deux derniers concurrents des présidentielles, c’est notre gauche. Le Front de Gauche a allumé la lumière, et le bout du tunnel paraît soudain moins éloigné. L’horizon d’un ciel rouge est plus prometteur que celui d’un matin brun.

Hollande au Bourget : « il faut que tout change pour que rien ne change »

 

Ça y est, il est rentré en campagne. Un premier meeting et un premier discours dimanche au Bourget, un passage à l’émission politique « Des paroles et des actes » ce soir, jeudi, sur France 2, juste après avoir déroulé son programme ce matin. Dimanche après-midi, j’étais donc devant un écran de télé chez un ami, pour suivre le discours de François Hollande, curieuse de savoir ce qu’il allait bien pouvoir nous dire. Je remarque d’ailleurs au passage que le meeting du Bourget était diffusé en direct sur plusieurs chaînes de télévision d’information, mais que les meetings du Front de Gauche n’y ont pas droit de cité, même ceux qui réunissent 6.000 personnes dans une salle du Grand Ouest français qui, on le sait, ne peut pas être taxé de gauchisme invétéré – la Vendée en témoignera pour nous. Ah, qu’il est beau, le partage du temps de parole entre les diverses forces politiques !

 

 

Mais bref, retournons à nos moutons – ceux qui seront tondus, s’entend (comme le dit justement le candidat du Front de Gauche dans ses voeux). Que nous a donc raconté le candidat socialiste à l’élection présidentielle ? Sa vie, déjà, et sa carrière politique. Tout d’ailleurs dans ce meeting était centré sur le candidat, sur une personne. De même le site de campagne n’est pas celui d’une froce politique, mais celui d’un homme, et les quatre chapitres de son programme commencent tous par « Je ». Conformément à cette personnalisation de la politique que j’exècre tant : quand certains, au meeting, criaient « Hollande président », nous criions « Résistance » à celui de Nantes. En attendant de lire donc ces soixante engagements, base sur laquelle nous pourrons enfin entamer un débat public, voici déjà mes impressions du discours de dimanche. Mais bref, retournons à nos tondeurs. À quoi pourrions-nous nous attendre ? De quoi le candidat nous a-t-il parlé dimanche ?

 

 Le contrat de génération ? Le diable en costume de soirée

 

Tout d’abord de ce qui, selon son site Internet, est sa « priorité » : la jeunesse. Ca tombe bien, apparemment, ça me concerne. Le constat est éclairant : la jeunesse est précarisée, stigmatisée, sans horizon d’avenir. Bon, ça, on le savait déjà. Autre chose ? Beaucoup de chômage, peu d’autonomie. Révélation ! À cet instant précis du discours, je ronge mon frein. J’attends des propositions, j’attends de savoir à quelle sauce je pourrais être mangée si jamais celui-là emménage à l’Élysée. Et le couperet tombe, sans appel : voilà qu’il nous ressort son « contrat de génération ». Pour ceux et celles qui trouvent l’expression jolie, il faut savoir que c’est l’équivalent du diable en costume de soirée. L’idée ? « Lier les générations entre elles » (comme si les principes républicains ne suffisaient pas à unir un peuple) à coup d’exonérations de cotisations salariales pour les entreprises de moins de 50 salariés qui accepteraient d’embaucher un jeune en CDI, jeune qui serait formé par un salarié plus âgé avant qu’il ne parte à la retraite. Créer une niche fiscale pour résoudre le problème de l’emploi des jeunes, en voilà une idée ! Et puis, surtout, nous n’avons pas à mendier auprès des entreprises pour qu’elles acceptent d’embaucher des jeunes sans contrat précaire ! Sur cette question, mieux vaut encore lire l’analyse de ma camarade Leila Chaibi qui, elle, en connaît un rayon question précarité.

 

 

Le candidat a aussi avancé des propositions pour l’éducation. Ce n’est pas moi qui irait dire que le système scolaire est un nirvana, bien au contraire : je ne peux qu’acquiescer quand François Hollande constate que l’échec scolaire est une tragédie, que beaucoup se joue à l’école maternelle et primaire. Une des promesses de François Hollande pour la jeunesse est donc un chiffre : 60 000 postes supplémentaires dans l’éducation nationale. Pour être franche, quand j’ai entendu cette phrase, j’ai failli m’étouffer. Comment ? Mais, un quart d’heure avant, n’était-ce pas le même homme qui, sur la même estrade, dans la même salle, au même meeting, nous annonçait tout fièrement, comme un enfant qui vole des bonbons à son copain de classe, que « le nombre total de fonctionnaires n’augmentera pas » quand il serait au pouvoir ?

 

Vases communicants

 

En éliminant les hypothèses des troubles de la mémoire, et de difficultés à utiliser une calculette, ne nous reste qu’une seule qui soit plausible : il va bien falloir en supprimer dans d’autres budgets. C’est comme les vases communicants : si on veut garder la même quantité de flotte et si on en rajoute dans un des vases, il va falloir prendre tout ça quelque part. Donc, Monsieur Hollande, j’attends. Vous allez les prendre où ces fonctionnaires ? Ou peut-être, comptez-vous créer des postes de non-titulaires, qui n’ont pas le statut de fonctionnaire, et qui sont le plus souvent embauchés avec des contrats précaires à outrance ? J’attends encore, si vous osez nous dire que votre proposition contre la précarité est de faire mériter encore plus à l’État son titre glorieux de celui qui embauche le plus en contrat précaire.

 

Autre enfumage en règle de la part du candidat « socialiste », sur la retraite. Il a bon dos, le François Hollande, de rappeler nostalgiquement la victoire de François Mitterrand en 1981 ! Juste après avoir sauté à pieds joints sur une de ses victoires les plus symboliques pour les travailleurs, la retraite à soixante ans! Mais si, mais si bons citoyens, vous pourrez partir à la retraite à soixante ans à taux plein si Monsieur Hollande devient Président de la République. Mais si, mais si… si vous avez commencé à travailler à dix-neuf ans. Parce que soixante ans et quarante et une années de cotisations, ça veut dire commencer à cotiser à dix-neuf ans. Pour les autres, il faudra trimer un peu plus avant de profiter des petits bonheurs de la retraite. Donc : aux jeunes d’aujourd’hui qui attendent leur premier emploi stable jusqu’à 27 ans en moyenne, ben pour la retraite, faudra encore attendre !

 

 Déclaration de guerre aux peuples vs déclaration de paix au monde

 

 

Un bel aperçu de ce programme d’« égalité », comme il l’a tant de fois répété. Un beau discours de gauche sans proposition d’augmentation des salaires (!), de réduction du temps de travail (!), de revalorisation des services publics (!). En gros, un programme qui ressemblerait presque plus à celui de Giscard qu’au programme commun de 1981, date que Monsieur Hollande aime tant rappeler à nos mémoires, la larme à l’oeil. Une dernière petite chose – symbolique certes, mais tellement signifiante. Au détour d’une phrase, le candidat socialiste nous a annoncé quel serait son premier déplacement à l’étranger : en Allemagne, pour rencontrer Mme Merkel. Cette phrase m’a faite réagir car, quelques jours auparavant, à l’émission « Des paroles et des actes », le candidat du Front de Gauche, Jean-Luc Mélenchon, avait affirmé que son premier voyage se ferait en Algérie. C’est certes tout un symbole, mais la différence, la voilà. D’un côté, une visite chez un des premiers artisans de l’Europe austéritaire, la chancelière allemande : une déclaration de guerre aux peuples. De l’autre côté, au Front de Gauche, une visite chez un peuple ami pour déposer devant lui les armes que tant d’autres ont affûté avant nous : une déclaration de paix au monde. Les rédacteurs de celle de 1792 auront quand même inspiré quelques républicains.

 

À la fin du meeting, sur i-Télé, les journalistes décryptaient le discours. Pour l’un d’eux, les deux phrases marquantes étaient : « Je suis prêt » et « J’aime les gens ». Tout bien réfléchi, ce sont celles qui résument le mieux le discours du candidat socialiste. Sauf peut-être celle-ci de Giuseppe de Lampedusa dans Le Guépard: « il faut que tout change pour que rien ne change », une alternance pour que rien ne change. Pour que tout change réellement, ce n’est pas seulement une alternance qu’il faut, mais une véritable alternative, celle que nous proposons. Maintenant que le programme est sorti, il va falloir le lire, le décortiquer, et lancer une fois de plus sur la table notre proposition de débat public avec le candidat socialiste: programme contre programme, enfin.